Un marché qui exige souplesse et agilité

Le 01 juillet 2017 par Propos recueillis par Nicolas Viudez
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Avec des constructions de nouveaux sites à l'arrêt, les ingénieristes doivent désormais s'adapter à des calendriers raccourcis et à des projets qui exigent de l'adaptabilité. Interview croisée de Francis Poncet, responsable de l'activité sciences de la vie chez ERAS et d'Olivier Cozatti, directeur des opérations chez NNE.

Industrie Pharma Magazine : À quoi ressemble un projet d'ingénierie pharma en 2017 ?

Francis Poncet (ERAS) : Les sujets traités ont tous en commun d'avoir une base « procédés » importante. 80 % d'entre eux correspondent à du « revamping », c'est -à-dire qu'à partir d'un bâtiment existant, nous étudions la mise en place d'une nouvelle chaîne de fabrication. Parfois, nous rénovons aussi le bâtiment, ou nous l'étendons, pour accueillir les nouvelles activités industrielles dans les meilleures conditions possibles. Les 20 % restants concernent des projets de construction d'unité complète, ce que nous appelons des « greenfields ». Nous travaillons alors sur des unités autonomes d'un point de vue bâtiment, énergie, logistique et production. Quel que soit le type d'investissement, « revamping » ou « greenfield », les principaux moteurs d'un projet sont : la fabrication d'un nouveau produit, l'augmentation des capacités de production d'un produit existant, et enfin, l'augmentation du niveau de qualité pour répondre à l'évolution de la réglementation. Tout projet d'investissement commence par une étude de faisabilité : sur dix projets étudiés en faisabilité, seulement un ou deux vont aller jusqu'à la réalisation. Beaucoup sont en effet abandonnés en cours de route, pour des raisons économiques, d'investissement à l'étranger ou tout simplement par renoncement au projet suite à des modifications des conditions du marché. L'optimisation continue des procédés reste, pour sa part, souvent gérée par le client et échappe au domaine de l'ingénierie pure.

 

Olivier Cozzatti (NNE) : Nous travaillons davantage sur des projets d'extension de site. Nous travaillons aussi sur beaucoup de « revamping » d'installations ou de bâtiments pour la mise en conformité avec les nouveaux aspects réglementaires et l'augmentation en capacité de production. Nous sommes globalement davantage dans des projets de taille moyenne, d'extensions de bâtiments. Notre chiffre d'affaires est ainsi composé d'un tiers de « revamping », un tiers d'extensions et un tiers d'expertises pharmaceutiques en BPF et process. Aujourd'hui, nos clients nous demandent d'être complètement « compliant » aux BPF et de faire preuve d'agilité et de flexibilité dans la réalisation de nos missions. En termes de méthodologie, nous accompagnons nos clients jusqu'à la qualification et à la validation. Ce sont des projets qui durent dans le temps, puisque nous travaillons avec nos clients sur des périodes qui vont de un à quatre ans. Nous travaillons généralement de A à Z sur un projet, puisque 90 % du temps, nous accompagnons nos clients jusqu'à la validation des installations.

 

Comment évolue le marché de l'ingénierie ?

O.C. : Le marché et les pratiques de nos clients ont considérablement évolué au cours du temps. Il y a 20 ans, dans le marché de la pharma, les industriels investissaient des millions d'euros sur leurs installations, avant même d'avoir l'AMM. Désormais, ils attendent la dernière minute, ce qui met une pression forte sur les équipes, il faut agir vite, ils n'ont pas le temps de se retourner. Avec les pressions économiques liées notamment au déremboursement de médicaments, l'industrie pharma est de plus en plus vigilante sur ses investissements. Avec moins de moyens en ingénierie, l'industrie pharmaceutique fait de plus en plus appel à des sociétés externes, nous demandant de prendre de plus en plus de responsabilités sur les projets.

 

F.P. : Les industriels soutiennent aujourd'hui une politique qui consiste à limiter la construction de nouvelles surfaces bâties. Il est en effet de plus en plus difficile pour les grands groupes pharmaceutiques de justifier un investissement comprenant la construction de nouveaux bâtiments. La logique devient donc la suivante : le bâti existant doit être optimisé pour accueillir de nouvelles lignes de production ; cette approche constitue pour les ingénieries des sources inépuisables de réflexions. C'est une règle assez implicite qui s'est installée depuis maintenant 10 ans, avec comme conséquence une diminution significative des projets « greenfields ». Il est aussi question d'une plus grande réflexion avant de démarrer les projets : nos clients étudient de manière plus poussée les différents gisements d'économies possibles afin de diminuer le coût de l'investissement ; cette démarche s'appelle la « value engineering ». Le développement des façonniers sur le marché de l'industrie pharmaceutique pousse également vers cette minimisation du Capex (« Capital expenditure » - dépenses d'investissement de capital), par rapport à l'Opex (« Operational expenditure » - dépenses d'exploitation). Les dépenses d'exploitation sont en effet supportées par le client final, alors que les dépenses d'investissement le sont en général par le façonnier.

 

Quelle place occupe la biotechnologie dans le marché de l'ingénierie ?

F.P. : Nous sentons une dynamique à l'échelle des laboratoires de recherche et des ateliers d'essais précliniques et cliniques. Au niveau industriel, la biotechnologie occupe une part relativement faible, qui correspond à 15-20 % des projets. C'est un virage lent, qui se négocie, et qui va surtout changer la façon de produire des médicaments : avec des petites séries, pour répondre aux maladies orphelines et maladies rares au travers de la biotechnologie, avec un vrai retour de l'humain au centre des outils de production. En somme, une véritable évolution de l'industrie pharmaceutique qui va demander de fortes compétences et une grande expertise des opérateurs pharma et des biotechniciens.

Par ailleurs, la maîtrise du confinement est elle aussi considérée comme un axe majeur d'évolution du marché, avec une meilleure prise en compte de la dangerosité de certaines matières premières et de certains produits actifs biologiques ou non, qui impliquent de prendre des précautions vis-à-vis des opérateurs et de l'environnement.

 

O.C. : Nous avons de plus en plus de missions avec des transformations d'ateliers en ateliers de biotechnologie. L'évolution vers la biotechnologie est très marquée, cela concerne des médicaments en faible quantité et à forte valeur ajoutée. Nous travaillons ainsi sur du « scale-up », mais aussi avec des start-up, ou encore sur des évolutions de procédés : on passe par exemple de l'inox à l'usage unique sur certaines productions.

 

Comment voyez-vous évoluer l'ingénierie pharma dans les prochaines années ?

O.C. : L'ingénierie seule est un peu cannibalisée, on ne se rend plus compte de la valeur ajoutée que cela représente : faire une usine, ça ne se fait pas comme ça. De notre côté, on essaie de rendre notre expertise de plus en plus accessible, on a des clients de moins en moins ingénieurs et de plus en plus producteurs. Dans les grandes tendances émergentes en matière de technologie, on voit apparaître la robotique qui peut être utilisée pour différentes étapes de fabrication et qui, étonnamment, n'est pas si conséquente en termes d'investissements.

 

F.P. : Aujourd'hui, les façonniers font appel plutôt modestement aux ingénieristes de la pharma et utilisent beaucoup leurs ressources internes pour conduire leurs projets. Nous espérons voir évoluer cette situation dans les années à venir. Quand l'ingénierie pharma saura répondre aux besoins des façonniers, et ce, avec une haute pertinence économique, nous aurons alors réussi notre mutation. L'ingénierie pharma reste à inventer, sans complexe, avec un maximum de valeur ajoutée, d'agilité et de polyvalence pour proposer des coûts acceptables par tous les acteurs industriels du secteur.

PROFILS

NNE est une société d'ingénierie dédiée au secteur pharmaceutique. Rattachée à ses débuts dans les années 30 au Danois Novo Nordisk, NNE a émergé comme un acteur indépendant en 1991 et s'est développée avec notamment le rachat de Pharmaplan, en 2007. NNE affiche un chiffre d'affaires de 322 M€ en 2016 et emploie près de 2000 personnes. L'entreprise dispose d'une quinzaine de bureaux dans le monde. ERAS est une société d'ingénierie multispécialiste, dédiée à l'industrie des procédés (pétrochimie, pétrole et gaz, agroalimentaire, sciences de la vie, nucléaire et énergies-environnement). ERAS, dont le siège est basé à Lyon, a été créée en 1991, elle emploie aujourd'hui 475 personnes et a réalisé un chiffre d'affaires de 48,8 millions d'euros en 2016. L'entreprise dispose de 15 implantations en Europe, ainsi qu'une filiale au Maroc.


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