Sanofi résolument tourné vers la bioproduction

Le 16 juin 2017 par Hélène Bour
Le site de production d’anticorps monoclonaux de Sanofi
à Vitry-sur-Seine
(Val-de-Marne).
Le site de production d’anticorps monoclonaux de Sanofi à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne).
©?Jean Chiscano pour Sanofi

Le géant français a exposé sa stratégie industrielle, plus que jamais orientée vers la production de médicaments biologiques. Le groupe a prévu d'y investir 600 millions d'euros par an d'ici à 2020.

La bioproduction avant tout. Après avoir peiné à prendre le virage des biomédicaments dans les années 2000, le géant Sanofi a mis les bouchées doubles pour rattraper son retard, et compte bien continuer ses efforts pour s'ériger en leader de la production biopharmaceutique. Sanofi a ainsi investi pas moins de 3,3 milliards d'euros en bioproduction, ces cinq dernières années, (contre 1,4 Mrds € dans ses activités chimiques), et prévoit de débloquer 600 M€ supplémentaires par an d'ici à 2020. Douze sites dédiés à la bioproduction ont ainsi été construits ou transformés, en recevant chacun un financement compris entre 150 et 525 M€. En France, on compte cinq sites concernés par ces investissements : Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne, 250 M€) dédié à la production d'anticorps monoclonaux, Le Trait (Seine-Maritime, 200 M€, seringues pré-remplies), Neuville-sur-Saône (Rhône, 300 M€, vaccins contre la dengue), Marcy l'Étoile (Rhône, 260 M€, vaccins contre la poliomyélite) et Val-de-Reuil (Eure, 200 M€, vaccins contre la fièvre jaune). Sanofi a aussi investi sur trois sites américains (Allston, Framingham et Swiftwater), un site irlandais (Waterford), un site belge (Geel), un site allemand (Francfort) et un site suisse dans le cadre d'une coentreprise avec Lonza (CPH n°792).

Déjà opérationnels ou en attente d'inspection par la FDA, ces sites de bioproduction permettront à Sanofi d'assurer les lancements commerciaux de ses six nouveaux biomédicaments (Toujeo, Soliqua, Praluent, Dengvaria, Dupixent et Kevsara), tous prévus d'ici à 2020, mais aussi de produire ses futurs médicaments encore en phase clinique. Autrefois dédié à la production chimique et biochimique, le site de Vitry-sur-Seine a ainsi subi une reconversion complète, signe du virage opéré par Sanofi. Désormais opérationnel, ce centre de R&D dans les biotechnologies comprend une unité de production d'anticorps monoclonaux qui produit à la fois à l'échelle clinique et commerciale. L'ajout d'un quatrième bioréacteur est même programmé, révèle Philippe Luscan, vice-président exécutif en charge des affaires industrielles. Interrogé sur l'abandon et la destruction programmée d'un site de production de petites molécules chimiques à Montpellier qui n'a jamais servi (CPH n°801), Philippe Luscan a déploré un investissement qui « s'est avéré non-utile », tout en assurant que les équipements du site allaient toutefois être réaffectés sur d'autres sites chimiques du groupe. La construction du bâtiment de 8 500 m2 avait été décidée en 2010, lorsque le portefeuille du groupe était encore essentiellement fait de petites molécules chimiques. Désormais, Sanofi semble mieux savoir où il va puisque 60 % de son pipeline R&D était constitué de produits biologiques en 2016, contre 43 % en 2012. La part des petites molécules chimiques dans le pipeline est, quant à elle, passée de 52 à 32 % entre 2012 et 2016. « En 2017, 45 % du chiffre d'affaires de Sanofi est issu de la vente de produits biologiques », assure Philippe Luscan. Un pourcentage supérieur à la tendance du marché pharmaceutique, puisque la part des biotechnologies représente 26 % du marché mondial de la pharmacie en 2017, selon une étude mondiale d'EvaluatePharma rapportée par le géant français. Mais Sanofi préfère visiblement anticiper, puisque la part devrait atteindre 29 % en 2022.

Une difficulté à recruter en France dans ce secteur

Malgré l'engouement général pour ce secteur, Sanofi dit avoir des difficultés à recruter des salariés qualifiés dans le domaine de la bioproduction en France. Le groupe avoue même avoir dû faire appel à des ingénieurs allemands et américains pour son site de Vitry-sur-Seine. Car le secteur est vecteur d'emplois, puisque Sanofi a embauché environ 400 personnes dans le monde, dont 250 hautement qualifiés, pour ses activités de bioproduction au cours des trois dernières années. Sanofi, qui regrette le manque de structures de formations dans les biotechnologies, appelle de ses voeux la création d'une filière dédiée en France. Philippe Luscan cite l'exemple de l'Irlande, qui « forme chaque année 4 000 personnes », qui « viennent parfois du bout du monde » pour cela. De son côté, Sanofi a créé un « campus biotech » au sein de son site de Vitry, pour former ses salariés à la bioproduction en interne. En France en 2016, 1 128 salariés de Sanofi ont ainsi assisté aux 93 sessions de formation organisées sur les biotechnologies (16 712 heures au total). Sanofi aide en outre certaines écoles françaises à se développer, notamment l'École nationale supérieure de technologie des biomolécules de Bordeaux (ENSTBB).

Le groupe a, par ailleurs, dévoilé une ébauche de son « usine du futur », qui sera mise en place sur son site de Geel en Belgique en 2018. Digitalisés à l'aide de capteurs, les différents équipements seront connectés entre eux, formant un réseau dont les données seront consultables en temps réel. Fini les prélèvements d'échantillons, l'ère est désormais au tout numérique et au « big data ». Une nouvelle donne qui nécessitera moins d'opérateurs mais plus d'experts dans le numérique, et en analyses de données. L'objectif de Sanofi : prendre au plus tôt le virage du digital pour être demain à la pointe des nouvelles technologies dans la pharmacie.


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