« Sanofi a investi 1 Mrd € en France sur cinq ans dans les biotechs »

Le 01 avril 2017 par Propos recueillis par Sylvie Latieule
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Le groupe pharmaceutique a entrepris une profonde transformation. Au coeur de ce projet, la montée en puissance des molécules issues de la biotech qui correspondent aujourd'hui à 60 % du pipeline et génèrent 45 % du chiffre d'affaires du groupe. Pour soutenir cette ascension des biotechs, Sanofi a lourdement investi dans son outil industriel, 3 milliards d'euros au niveau mondial, 1 Mrd € en France, explique Philippe Luscan, vice-président exécutif Affaires industrielles et président de Sanofi en France.

Industrie Pharma : le groupe Sanofi vient de signer un accord très innovant avec le Suisse Lonza pour la production de biomolécules. Avant de revenir plus en détail sur cet accord, pouvez-vous situer l'importance que revêtent les bioproduits dans le portefeuille et le pipeline de Sanofi ?

Philippe Luscan : Aujourd'hui, le portefeuille du groupe Sanofi compte entre 40 et 50 % de médicaments issus des biotechnologies. Trois de nos divisions développent des produits dans ce domaine : la division Vaccins de Sanofi Pasteur, la branche Diabète avec les insulines et Sanofi Genzyme qui est positionnée sur les maladies rares, ainsi que les scléroses multiples, l'oncologie et l'immunologie. Si l'on regarde notre pipeline, il est composé à 60 % de molécules biotech, un chiffre qui grimpe même à 80 % dans la partie aval, la plus proche du marché. Parmi les produits innovants, il y a bien entendu des anticorps monoclonaux mais pas uniquement. Dans les vaccins, qui sont un axe thérapeutique majeur, notre portefeuille est extrêmement large et nous développons des procédés très innovants basés sur des cultures bactériennes et virales. Il en est de même pour le secteur des insulines. Et de façon générale, nous sommes en train de nous diversifier dans de nombreux domaines comme celui des ADC (« Antibody-drug Conjugates » ou anticorps conjugués N.D.L.R.) qui correspondent à une combinaison d'anticorps et de toxines, les bithérapies d'anticorps, les vecteurs viraux...

 

Pouvez-vous néanmoins revenir sur votre positionnement dans les anticorps monoclonaux qui sont au coeur de votre partenariat avec Lonza ?

P. L. : En novembre 2015, Sanofi a publié une feuille de route stratégique pour la période 2015-2020. À cette occasion, le groupe a annoncé six lancements clés avec les produits Toujeo, Praluent, Denqvaxia, sarilumab, LixiLan et dupilumab qui pourraient générer collectivement un chiffre d'affaires à maturité compris entre 12 et 14 milliards d'euros d'ici à 2025. Dans cette liste, trois sont des anticorps monoclonaux. Praluent (alirocumab) est déjà approuvé dans environ 40 pays, dont les États-Unis, le Japon, le Canada, la Suisse, le Mexique, le Brésil et l'Union européenne, et nous avons démarré sa commercialisation en Europe. Dupilumab est en cours d'autorisation aux États-Unis dans la dermatite atopique modérée à sévère. Sarilumab vient d'être approuvé au Canada dans la polyarthrite rhumatoïde et en cours d'enregistrement aux États-Unis.

Pour soutenir ces lancements, nous avons accentué nos investissements industriels. Sur les cinq dernières années, nous avons investi 3 milliards d'euros, aussi bien dans les vaccins, les insulines que dans les anticorps monoclonaux.

 

En tant que directeur industriel du groupe Sanofi, vous supervisez 87 sites de production dans le monde. Où sont implantés les sites de production d'anticorps monoclonaux ?

P. L. : Nous produisons des anticorps monoclonaux, encore essentiellement pour des phases cliniques, en France à Vitry, en Allemagne à Francfort, en Belgique à Geel et aux États-Unis à Boston. Nous avons investi de lourdes sommes pour préparer les 10 prochaines années : 200 M€ à Vitry, 300 M€ à Geel, 250 M€ à Francfort et 100 M€ à Boston. À Geel, Francfort et Boston, les investissements vont monter en puissance à l'horizon 2018-2019. C'est un véritable « plan Marshall » que nous avons engagé pour transformer le groupe Sanofi en profondeur et assurer sa croissance à long terme.

 

Pourtant, le 27 février dernier, vous avez annoncé un partenariat stratégique avec la société Lonza en vue de construire une nouvelle installation de production de médicaments biologiques, et notamment des anticorps monoclonaux à Viège, en Suisse. Pourquoi cet investissement supplémentaire ?

P. L. : Au travers de cet accord avec Lonza, nous avons retenu une solution originale. Moyennant un investissement de 270 M€ partagé, nous allons installer des capacités supplémentaires de production d'anticorps monoclonaux sur un site qui appartient à Lonza et qui seront opérationnelles d'ici à 2020. L'investissement et les capacités seront partagés entre nos deux sociétés. L'intérêt de ce partenariat est qu'il va nous apporter des capacités supplémentaires au-delà de 2020, pour répondre à notre portefeuille de produits prometteurs. Dans le cas où Sanofi ne les utilise pas, Lonza pourra les utiliser pour des tiers. Dans le domaine pharmaceutique, nous avons affaire à des cycles longs. Il est difficile de prévoir et d'optimiser les capacités. D'où l'idée de ce partenariat qui nous permet de sécuriser des capacités tout en limitant nos investissements.

 

D'où vous est venue cette idée qui n'a pas de précédent dans l'industrie pharmaceutique ?

P. L. : Cette idée de copropriété d'installation qui donne accès à des capacités complémentaires vient du monde de l'automobile. Depuis plusieurs années, je participe à un club de directeurs industriels qui regroupe des acteurs de domaines aussi divers que l'automobile, l'aéronautique, l'énergie, la pharmacie... Cela m'est utile pour repérer des concepts qui peuvent faire sens sur le moyen et long termes. Dans un autre domaine qui est celui de l'énergie, cela m'a déjà permis de signer des partenariats originaux avec Schneider et Engie, qui nous accompagnent dans la mise en place de solutions énergétiques innovantes. Par le biais de partenariats avec des entreprises qui sont des références de classe mondiales, je cherche à bâtir un outil industriel de référence, un modèle pour l'industrie.

 

Quelle sera la dimension de cette nouvelle installation de Vips ?

P. L. : Nous aurons une installation d'une capacité de production assez standard, d'une taille identique à celle de Vitry-sur-Seine, avec un effectif de l'ordre de 200 salariés. Mais ce partenariat nous permettra également de bénéficier du soutien de Lonza dans le développement et la production d'autres produits biologiques issus de la diversification de notre portefeuille, par exemple dans le domaine des ADC qui intéresse aussi Lonza. Pour l'heure, c'est à Vitry-sur-Seine que nous avons localisé notre expertise dans les ADC. Le site produit déjà des lots cliniques dans ce domaine en s'appuyant sur une triple compétence dans la production d'anticorps monoclonaux, la production de molécules chimiques anticancéreuses grâce un savoir-faire dans le docetaxel et la conjugaison des deux.

 

Y aura-t-il de la formulation d'anticorps monoclonaux en Suisse ?

P. L. : Il n'y aura pas de formulation ou « filling » à Viège. Cette opération se fera dans nos installations en France et en Allemagne. À cet effet, nous avons investi 100 millions d'euros dans notre usine de Maisons-Alfort et 200 M€ dans notre usine du Trait.

 

Faut-il retenir de tous ces investissements dans le domaine des biotechnologies que vous allez abandonner progressivement les petites molécules chimiques ?

P. L. : Absolument pas. Si 60 % de notre pipeline est constitué de molécules biotech, cela signifie que 40 % reste consacré aux petites molécules chimiques. C'est notre patrimoine et nous allons conserver un savoir-faire important dans ce domaine. Dans le traitement du diabète de types 1 et 2, sotoglifozin qui est actuellement en phase III de développement est une petite molécule chimique. Elle sera d'ailleurs produite dans notre usine de Sisteron dans le sud de la France.

 

Sanofi a réalisé des investissements considérables dans le domaine de la biotech, notamment sur le territoire français. Pensez-vous avoir été suffisamment suivis par la communauté pharmaceutique en France ?

P. L. : En plus de ma fonction de directeur industriel pour le groupe, j'exerce celle de président de Sanofi en France. À ce titre, j'essaie de faire la promotion de la filière biotech en France. Sanofi a investi un milliard d'euros en France sur les cinq dernières années dans le domaine des biotechs, notamment à Vitry dans les anticorps monoclonaux ou à Neuville-sur-Saône où nous avons transformé le site pour produire désormais notre vaccin contre la dengue. Malheureusement, je constate que la filière biotech en France n'est pas assez structurée. Et le pays prend du retard. Pour combler ce retard, cela commence avec la formation. Dans un pays comme l'Irlande, on forme chaque année 4 000 employés dans ce domaine. En France, il y a encore assez peu de structures de formation. Chez Sanofi, nous avons essayé d'aller de l'avant en créant un programme de formation interne, le Campus biotech avec des établissements tels que l'École nationale supérieure de technologie des biomolécules de Bordeaux (ENSTBB). Il nous a permis de former certains de nos collaborateurs aux biotechnologies. L'un de mes objectifs est de montrer l'exemple de Sanofi, qui a entamé depuis dix ans la transformation de son outil industriel, pour inciter le tissu industriel français à suivre le mouvement.

 

Pourquoi cette nécessité absolue de transformation ?

P. L. : Tous les 6 ans, 1/3 de notre portefeuille de produits doit se renouveler. Nous devons donc nous préparer au roulement de nos produits. C'est le « life cycle management ». Si nous raisonnons en termes d'outil de production, cela signifie que sur 18 usines, tous les 6 ans, six d'entre elles doivent trouver de nouvelles productions. Ma fonction consiste à penser en permanence à des projets futurs. Cela implique de nous placer dans une dynamique de transformation permanente pour trouver les produits du futur. De façon générale, on peut regretter que les Français ne voient pas la nécessité d'entreprendre. Or dans la racine du mot entreprise, il y a le mot entreprendre avec un grand E.

FAITS MARQUANTS DE LA TRANSFORMATION BIOTECH DE SANOFI EN FRANCE

2007 début de l'accord entre Sanofi et Regeneron portant sur la recherche et le co-développement d'anticorps. 2009 lancement du projet Biolaunch à Vitry-sur-Seine pour la production d'anticorps monoclonaux. 2011 rachat de Genzyme pour un montant de l'ordre de 15 Mrds € et intégration d'un site de production à Lyon. 2011 reconversion de Neuville-sur-Saône de la production de principes actifs chimiques en production de vaccins. 2015 approbation de Praluent (alirocumab) dans l'Union Européenne, médicament issu du partenariat Sanofi-Regeneron.

L'ACCORD SANOFI-LONZA EN BREF

Le géant français Sanofi et le Suisse Lonza ont annoncé, le 27 février, avoir conclu un « partenariat stratégique » en vue de construire et d'exploiter une installation de bioproduction à Viège, au sud de la Suisse, à côté d'un site de production de Lonza. L'installation, qui produira à grande échelle, sera construite dans le cadre d'une coentreprise qui bénéficiera d'un investissement initial de 290 millions de francs suisses (environ 270 M€), partagé à parts égales entre Sanofi et Lonza. Il s'agira d'une installation de cultures cellulaires mammifères dédiée à la production d'anticorps monoclonaux, dont la construction débutera en 2017, « sous réserve des approbations réglementaires nécessaires ». Le site devrait être pleinement opérationnel d'ici à 2020. Ce partenariat stratégique sous forme de coentreprise combine le solide portefeuille de développement de produits biologiques de Sanofi au savoir-faire de Lonza en matière de conception, de construction, de mise en activité et d'exploitation d'installations de cultures de cellules mammifères de pointe et à grande échelle. Lonza a en effet déjà construit et cédé sous licence trois installations similaires aux États-Unis et à Singapour. Dans le détail, Lonza se chargera de construire l'installation, et soutiendra la coentreprise dans le fonctionnement du site. Le Suisse y créera 200 postes, auxquels s'ajouteront une dizaine de salariés, embauchés par Sanofi pour le management. Chaque société partagera les capacités disponibles proportionnellement à sa participation dans cette coentreprise, soit 50 % chacun pour commencer. Sanofi bénéficiera cependant d'un accès supplémentaire aux capacités de bioproduction du site afin de répondre aux demandes croissantes de son portefeuille de produits thérapeutiques biologiques, le cas échéant. Lonza sera libre de commercialiser sa part des capacités, mais seulement sous réserve que le Français n'en ait pas besoin, et les capacités non exploitées par ce dernier.

H.B.


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