Partenariats public-privé : Des liens qui continuent à se renforcer

Le 01 avril 2017 par NICOLAS VIUDEZ
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Les partenariats public-privé sont partout. Les chercheurs venus du monde académique y trouvent des financements, les laboratoires pharmaceutiques une ouverture sur de nouveaux sujets et une façon d'élargir le champ de leurs recherches. Zoom sur les nouvelles stratégies de partenariats public-privé.

« Au niveau de la recherche, une grande majorité de nos activités sont menées à un stade ou à un autre avec des partenaires externes ». Antoine Bril, directeur scientifique Recherche et Partenariat au sein de la direction R&D des Laboratoires Servier, résume très simplement la place prise par les partenariats public-privé au sein de l'industrie du médicament. À l'échelle de l'université ou de la région, de l'hôpital ou de l'Europe, les pouvoirs publics cherchent à valoriser les équipes de recherche les plus prometteuses et l'industrie ne cesse de jeter des ponts vers le monde académique. IHU, SATT, IRT, Horizon 2020, la liste des dispositifs destinés à favoriser les partenariats et l'émergence de nouvelles innovations semblent ainsi s'être multipliés à vitesse exponentielle, ces dernières années. Derrière ces sigles se cachent pourtant souvent des histoires à hauteur d'hommes. « Un partenariat, c'est une approche ouverte et collaborative qui se focalise sur la relation humaine. On n'est pas dans un supermarché à faire un choix sur les étagères », souligne Laurent Audoly, directeur de recherche de Pierre Fabre qui lève un coin de voile sur la stratégie du groupe : « on pilote nos partenariats pas nécessairement par les moyens mais plutôt par les cibles que l'on recherche, on se fixe des objectifs sur des physiopathologies, puis l'on cherche des solutions, qu'elles soient publiques, académiques ou autres ». Pour Pierre Fabre, les recherches autour de l'inflammation sont privilégiées, un mécanisme qui est la clé de voute dans les trois grandes spécialités du laboratoire : l'oncologie, la dermatologie et la neuropsychiatrie. Une approche par spécialité qui se retrouve également dans les structures de valorisation de la recherche, à l'image de Bioaster, l'Institut de recherche technologique (IRT) dédié à la microbiologie et infectiologie (voir notre encadré). L'institut, dont les laboratoires ont été inaugurés en début d'année, s'appuie sur l'expertise historique et reconnue du territoire lyonnais dans le domaine de l'infectiologie. Nathalie Garçon, directrice générale et scientifique de Bioaster, souligne la complémentarité évidente public-privé : « il est de la mission des académiques de créer de la connaissance, nous contribuons à la transformation de cette connaissance en innovations à travers des projets collaboratifs intégrant des partenaires privés qui apporteront leur savoir-faire pour l'industrialisation. ».

 

Réduire les coûts et accéder à des recherches innovantes

 

Les partenariats sont une façon pour les laboratoires d'élargir le périmètre de leur activité de recherche, en accédant à la fois à des compétences et à des technologies qu'il serait inenvisageable d'importer en interne. « La biologie nécessite une diversité de compétences et de technologies de pointe, qu'il est de plus en plus difficile de regrouper sur un même site », souligne Nathalie Garçon. Une analyse partagée par Antoine Bril pour Servier : « l'étude des données biologiques, la pharmacologie font appel à des technologies de pointe évoluant très rapidement et impossibles à maîtriser dans un seul laboratoire ». Au-delà de l'accès à de nouveaux équipements et de la mutualisation des coûts qui en résulte, les partenariats public-privé permettent également d'explorer des voies inattendues. « Des partenariats sont développés avec des acteurs dont les compétences et expertises sont complémentaires de celles que nous apportons. Par exemple, nous avons un partenariat sur la biologie structurale mené avec le synchrotron Soleil sur le Campus de Paris-Saclay qui permet d'accéder aux meilleures approches dans des domaines aux confins de nos expertises », cite en exemple Antoine Bril. La présidente de Bioaster met en avant les équipements mis à disposition des chercheurs : « Nous proposons des combinaisons d'équipements, qui permettent une approche nouvelle de la microbiologie, où le résultat recherché réside dans l'image globale et non plus dans le résultat pointu... ». Les partenariats permettent ainsi d'enrichir les angles de recherche et de développer des sujets d'avenir, comme en témoigne le directeur de recherche de Pierre Fabre : « on est en discussion sur des visions, par exemple le rôle de l'intelligence artificielle pour guérir les maladies. Cela nous permet d'accélérer nos cycles d'innovation ».

 

Un important travail de veille, d'échange et de réseau

 

Avant de tirer profit de ces partenariats, les laboratoires s'attellent à garder en permanence un oeil sur les possibilités offertes par la recherche académique ou les jeunes pousses de la biotech. Un enjeu important pour l'industrie : ne pas passer à côté du sujet ou de l'équipe de recherche susceptible de donner un coup d'accélérateur à une aire thérapeutique ciblée. La circulation de l'information s'effectue dans les deux sens : une activité de veille sur certaines thématiques et des remontées depuis le terrain et les différents partenaires. « Chez Pierre Fabre, on organise aussi des « boards » avec des investigateurs du monde académique qu'on vient solliciter sur des questions très précises, on leur présente nos projets et on les sollicite sur ces questions », indique Laurent Audoly. Dans cet environnement concurrentiel, l'écosystème est le mot-clé, dénominateur commun entre industriel et académique pour décrire le terreau sur lequel se développent les partenariats. La présidente de Bioaster abonde dans ce sens en précisant les démarches entreprises pour fédérer les différents acteurs : « il est nécessaire de pouvoir identifier et interagir rapidement et efficacement avec les chercheurs de l'écosystème. Il y a énormément de chercheurs compétents en France et dans la région que l'on connaît peut être moins bien que des experts internationaux et avec lesquels nous voulons travailler. ». Le récent développement de structures locales, à l'échelle des universités ou des régions a ainsi contribué à faire connaître les équipes et les projets. « Nous avons des échanges fréquents avec par exemple les SATT, avec les universités, avec différents laboratoires d'excellence », confirme Antoine Bril pour les laboratoires Servier. Une étape de veille et de connaissance indispensable pour l'industrie qui a développé des activités de scouting, encore inédites il y a quelques années. « On doit être au courant de toutes les activités qui passent dans notre silo stratégique, cela ne veut pas dire que tout va nous intéresser, mais on doit être le partenaire incontournable sur nos domaines de prédilection comme la dermatologie », abonde Laurent Audoly (Pierre Fabre). Le travail de veille n'est pas exclusivement orienté vers le monde universitaire, les start-up sont également recherchées. « Chez Servier, l'équipe 'WeHealth by Servier' travaille exclusivement avec des start-up pour codévelopper des produits de e-santé », précise Antoine Bril. Des jeunes pousses qui peuvent parfois avoir du mal à accéder à du matériel et à des équipements d'intérêt et pour lesquelles les partenariats industriels sont une aubaine. « Nous avons également vocation à interagir avec PME et biotech pour lesquelles nos plateaux technologiques peuvent être un réel accélérateur de démonstration de valeur. Le modèle des IRT doit continuer à évoluer pour faciliter encore plus ces interactions », reconnaît la directrice de Bioaster. Une fois les premiers contacts lancés, comment convaincre les partenaires potentiels et lancer le projet sur de bons rails ? « C'est à nous de faire un très bon travail de communication, d'expliquer les problématiques, la vision et comment Pierre Fabre va être un partenaire de choix. Dans un deuxième temps, il faut écouter ce que le partenaire a à nous offrir », souligne Laurent Audoly. Un travail de réseau et d'échange sur le long terme également mis en avant par Antoine Bril : « Si un projet scientifique et médical est souvent initié par des scientifiques, l'ensemble des enjeux doit être partagé. Pour réussir dans un tel projet, les équipes transverses, équipes juridiques ou de management d'alliance, sont très rapidement impliquées ». Le Directeur Scientifique Recherche et Partenariat au sein de la Direction de R&D des Laboratoires Servier souligne la dynamique de gestion de projets au sein des partenariats : « Mener un projet collaboratif nécessite une gestion précise avec des besoins d'accélération, d'arrêt ou de réorientation impliquant des activités particulières comme le management d'alliance. »

 

Une valorisation insuffisante de la recherche en France

 

Tous les acteurs interrogés sont d'accord sur un point : la qualité des recherches menées en France. Mais ce constat va de pair avec un autre, beaucoup moins flatteur celui-ci, le manque de valorisation du secteur. « La France est bien placée grâce à ses start-up, ses chercheurs de haut niveau dans les sciences de la vie, mais il faut savoir valoriser ces atouts en développant des partenariats « gagnant-gagnant » pour toutes les parties présentes autour de la table », avance Laurent Audoly. Le directeur R&D cite en exemple, au rayon des réussites issues de partenariats menés par Pierre Fabre, l'anticancéreux Javlor avec le CNRS ou les récentes avancées dans le traitement de l'hémangiome infantile sévère avec le CHU de Bordeaux. Nathalie Garçon plaide de son coté pour une meilleure reconnaissance des projets menés par des académiques au sein des IRTs : « lorsque des chercheurs du monde universitaire sont en détachement, il n'existe pas de mécanisme pour reconnaître cette partie de leur carrière dans leur parcours professionnel. En effet, les critères d'évaluation tels que la génération de connaissance ou les publications dans leur domaine de recherche sont souvent mis en suspens. Pourtant, ces personnes acquièrent de nouvelles compétences qui représentent une valeur pour leur carrière académique ». Les laboratoires Servier, qui ont opté à l'été 2016 pour un rassemblement de leur activité de recherche sur le site de Saclay, appellent aussi, par leur directeur scientifique, Antoine Bril, à une intensification de la valorisation. « Le dynamisme partenarial a besoin d'être renforcé, et c'est d'ailleurs une des mesures du conseil stratégique des industries de santé. Cette mesure étudie comment renforcer la prise en compte et la participation des équipes académiques françaises au sein des partenariats précompétitifs, en particulier au niveau européen. ». Un message partagé par Laurent Audoly qui conclut sur une phrase qui pourrait résumer l'état d'esprit des partenariat public-privé : « Tout le monde a compris que partager exige du temps et des ressources mais que c'est mieux que de rester dans son coin ».

VALORISATION DE LA RECHERCHEInserm Transfert jette des ponts entre public et privé

L'organisation de valorisation et de transfert, adossée à l'Inserm, s'appuie sur la densité de cet historique de la recherche publique en France pour proposer une offre variée de partenariats à destination des industriels.

« La grande force d'Inserm Transfert, c'est de pouvoir compter sur le portefeuille de plus de 1 500 familles de brevets déposés par les chercheurs de l'Inserm », souligne Pascale Auge, présidente du directoire d'Inserm Transfert. Dans un paysage qui a vu l'émergence de nombreux acteurs, la filiale de l'Inserm, créée en 2006 et située à deux pas de la BNF à Paris, fait presque figure d'ancien. L'agence sous statut privé mais « qui répond à des enjeux de santé publique qui nous permettent de travailler sur des projets long terme peu rentables à court terme d'un point de vue économique », comme le précise sa présidente, s'appuie sur les 300 unités mixtes de l'Inserm et leurs 12 000 chercheurs. L'organisation bénéficie de fait d'une force de frappe conséquente en termes de brevets, puisque l'Inserm est l'organisation numéro 1 en Europe pour le dépôt de brevets dans la catégorie pharmaceutique. En 2016, en s'appuyant sur ce riche vivier, Inserm Transfert a ainsi accompagné 300 déclarations d'invention et 174 brevets ont été déposés. Du côté des partenariats avec l'industrie, Inserm Transfert développe plusieurs formes d'accompagnement : mise à disposition de licences, programme commun avec les industriels ou partenariats stratégiques au long cours avec des industriels, comme Med Immune, GSK, AstraZeneca ou MSD. « L'objectif de ces partenariats est d'avoir une vision plus ambitieuse qu'une simple collaboration, de nouer des relations sur le long terme avec des entreprises pharmaceutiques », souligne Pascale Auge qui ajoute : « La recherche académique excelle à identifier de nouvelles cibles innovantes, le privé a besoin de ces belles cibles, ce ne sont pas deux visions concurrentes mais complémentaires ». Inserm Transfert développe également une offre originale en épidémiologie à l'image de la cohorte Constance. Au sein de cette cohorte de 200 000 volontaires, cinq grandes thématiques ont été identifiées et sont proposées aux industriels souhaitant mener des projets de recherche sur le vieillissement, la santé des femmes, le cancer, les comportements et l'environnement, les troubles cardio-respiratoires, inflammatoires et métaboliques. Accompagner les start-up En complément de ces partenariats avec l'industrie, Inserm Transfert s'implique également dans la création de société « de novo ». « Le nouveau standard pour un chercheur, en 2017, c'est : de belles publications, quelques brevets et une start-up », affirme Pascale Auge, témoin privilégiée de l'évolution du regard que porte le public sur le privé. La start-up est ainsi devenue un outil de valorisation pour le chercheur qui peut cependant manquer parfois de recul sur les contraintes liées à cette forme d'entreprenariat. « C'est une partie de notre mission, confie la présidente d'Inserm Transfert, accompagner les chercheurs qui souhaitent s'engager dans cette voie et les informer sur ce qui peut les attendre. C'est aussi faire prendre conscience que l'on est sur une trajectoire qui prend souvent des années, contrairement à l'image idyllique de la start-up qui réussit instantanément ». Interrogée en conclusion sur l'inflation de dispositifs de valorisation de la recherche, Pascale Augé appelle à la modération et à « poursuivre le développement des dispositifs existants qui permettent aujourd'hui de répondre à la demande ».

BIOASTER, UN IRT DANS LE PAYSAGE LYONNAIS

Inauguré le 2 février dernier, Bioaster a nécessité deux ans de maturation pour aboutir à l'ouverture de cet Institut de recherche technologique (IRT) entièrement dédié à la microbiologie et aux maladies infectieuses, le seul du genre consacré en France à la santé. Le bâtiment de Bioaster, situé dans le quartier lyonnais de Gerland, propose 2 200 m2 de laboratoires P2 et P3 avec un accès au laboratoire P4 de Jean Mérieux. Bioaster, doté d'un budget de 20 millions pour 2017, se veut un institut à la pointe, proposant des outils de développement haut de gamme et plutôt rares dans un même lieu. L'institut héberge également, sous conditions, des jeunes pépites de la biotechnologie, comme actuellement ABL-Lyon. « Nous travaillons actuellement à des solutions pour proposer plus de modularité dans nos services et incorporer davantage de start-up à l'avenir », souligne sa directrice, Nathalie Garçon. Une stratégie destinée à diversifier sa gamme de partenariats pour un institut qui compte Danone, BioMérieux et Sanofi Pasteur, comme partenaires fondateurs.


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