La technologie spatiale au service du médical

Le 01 juillet 2017 par NICOLAS VIUDEZ
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Les technologies développées par l'ISS trouveront des applications sur Terre.
Les technologies développées par l'ISS trouveront des applications sur Terre.
©ESA/NASA

De nombreuses technologies issues de la recherche aérospatiale se déclinent désormais dans la santé, en prenant position à l'hôpital ou dans les dispositifs médicaux. Tour d'horizon de ces transferts parfois surprenants.

Le récent séjour du Français Thomas Pesquet au sein de l'ISS, la station spatiale internationale, a rallumé les projecteurs sur la conquête de l'espace. Pour continuer son développement, au-delà de ces figures de proue, l'ESA, l'Agence spatiale européenne, cherche à valoriser les technologies développées dans le cadre de la recherche spatiale en multipliant les transferts vers d'autres domaines. « Nous sommes une quinzaine de « brokers » en Europe, sous contrat avec l'ESA pour faciliter les transferts de technologie », résume Nicolas Louée, représentant français du programme et ingénieur conseil pour In Extenso Innovation Croissance. La société est ainsi en charge de créer, en France, des passerelles entre les technologies spatiales et l'industrie. Sur les 16 pays participants en Europe, ces « entremetteurs brokers » affichent à leur tableau de chasse près de 400 technologies sorties des laboratoires, grands groupes e t PME du spatial pour conquérir des domaines aussi variés que l'électronique, l'aéronautique, l'agriculture ou la santé. « Nous effectuons deux types de démarche. Parfois, nous faisons une recherche spécifique pour un brevet détenu par l'ESA ou une technologie spatiale pour identifier des débouchés potentiels. Nous accompagnons aussi des entrepreneurs qui recherchent des idées de développement ou à augmenter leur capacité d'innovation en intégrant des technologies de pointe développées pour le spatial », précise Nicolas Louée. Un travail de veille, de mise en réseau et de communication pour développer des synergies, comme le démontrent ces transferts réussis entre technologie spatiale et applications médicales.

 

Du satellite au cabinet dentaire

 

In Extenso Innovation met ainsi volontiers en avant l'exemple du Condorscan. Cet équipement, destiné à l'imagerie dentaire, permet de visualiser en 3D l'intérieur de la bouche, les dents et les gencives. L'avantage par rapport aux techniques traditionnelles d'imagerie est de permettre une visualisation en temps réel, un gain de confort indéniable pour le patient. À l'origine, le coeur de cette technologie a été développé par le CNES, centre national d'études spatiales, avec pour objectif l'analyse des images satellites terrestres et leur conversion en vue dynamique, en 3D. Un exemple d'application d'imagerie qui n'est pas un cas unique, puisque l'utilisation d'un logiciel d'analyse issu des satellites est actuellement testée pour le dépistage des cancers de la vessie. Seuls 15 % de ce type de cancers peuvent être détectés par les techniques actuelles d'analyse, freinant la mise en place de traitement à des stades précoces de la maladie. L'utilisation de techniques d'observation des cellules par fluorescence, couplée à de nouveaux algorithmes et à une intelligence artificielle dédiée pourrait permettre d'améliorer considérablement ces diagnostics. Parfois, les brevets issus du spatial peuvent répondre à des demandes encore plus précises. Les chirurgiens de l'hôpital de Maastricht, spécialisé dans la vision, constataient que leurs instruments étaient soumis à d'infimes vibrations, générées par le souffle du vent sur la structure du bâtiment. La solution a été alors de reprendre une technologie développée pour un télescope, des vibrations actives destinées à contrebalancer ces perturbations. Si Nicolas Louée reconnaît volontiers que le médical ne représente pas le débouché numéro 1 pour les applications : « nous sommes sur environ 10 % des projets qui touchent au domaine de la santé », il précise cependant que de nombreuses possibilités restent inexplorées. Et pour coller à l'actualité du moment, l'ingénieur cite un autre exemple d'application, une combinaison, le « skin suit », à l'étude dans les modules de l'ISS. « Les astronautes à cause de l'absence de pesanteur voient leur colonne vertébrale se modifier, ils gagnent parfois de 4 à 6 cm en taille, cela provoque aussi des douleurs dorsales à leur retour sur Terre qui doivent être minimisées ». La combinaison spatiale à l'essai est ainsi destinée à générer des pressions sur certaines zones du dos, à reproduire les effets de la pesanteur sur la colonne vertébrale et à ainsi atténuer les douleurs dorsales pour les astronautes. Une combinaison qui pourrait faciliter les séjours de longue durée dans l'espace ou trouver des applications plus terrestres, comme, par exemple, en traitement annexe de pathologies du dos. Au-delà de l'innovation technique, ces différents transferts de technologies représentent un important enjeu de communication et d'image pour l'agence spatiale européenne, qui y voit l'occasion d'afficher son savoir-faire et la qualité de son expertise. Un axe de communication également important pour les sociétés partenaires, qui, en mettant en avant ces transferts de technologie, espèrent sans doute voir un peu du prestige qui entoure la conquête spatiale rejaillir sur leur produit. Dans un marché où le besoin de se démarquer reste essentiel, le « made in Space » finira-t-il par devenir aussi tendance que le « made in France » ?


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