La fusion Pfizer/Allergan tombe à l'eau

Le 08 avril 2016 par Audrey Fréel

Retournement de situation inattendu dans la pharma mondiale. Le gouvernement américain a mis KO deux leaders mondiaux du secteur, l'Américain Pfizer et l'Irlandais Allergan.

Leur gigantesque fusion à 160 milliards de dollars, du jamais vu dans l'histoire de la pharmacie, n'aura pas lieu. En cause : l'administration Obama qui a mis en place début avril de nouvelles mesures pour contrer les opérations d'inversion fiscale. Car, outre le fait de créer un mastodonte de la pharmacie, cette transaction permettait surtout à Pfizer d'échapper à la fiscalité américaine. Pour cela, les deux groupes avaient monté un tour de passe-passe savamment orchestré. Pfizer devait se faire racheter par Allergan, tout en conservant la majorité du capital. Ce qui lui aurait permis de se domicilier fiscalement en Irlande, et de bénéficier du taux d'imposition irlandais, nettement moins lourd que le taux américain (12,5 % au lieu de 35 %). Sauf que le gouvernement américain est venu semer la zizanie. Voyant d'un très mauvais oeil ce genre de combines, la Maison Blanche a annulé l'intérêt fiscal de la transaction via de nouvelles dispositions. Celles-ci impactent notamment les entreprises ayant conduit plusieurs opérations d'inversion fiscale au cours des 36 derniers mois, relate Bloomberg. C'est le cas d'Allergan qui a acquis, sous son ancien nom Actavis, Allergan pour 65 Mrds $ en 2015, Forest Labs pour 25 Mrds $ en 2014 et Warner Chilcott pour 5 Mrds $ en 2013. Les nouvelles mesures s'appliquent aux fusions finalisées après le 4 avril, et concernent donc Pfizer et Allergan qui devaient concrétiser leur union à la fin de l'année. Assommés, les deux groupes n'ont visiblement pas eu d'autres choix que d'annuler leur projet de mariage. Pfizer devra en plus s'acquitter de 150 M$ à rembourser à Allergan, pour les dépenses associées à cette transaction. De quoi le décourager d'entreprendre d'autres opérations de ce genre par la suite. Rappelons qu'il avait déjà essuyé une déconvenue en 2014, avec son raid raté sur AstraZeneca. Une opération qui s'élevait à 117 Mrds $ ! À la place, le groupe américain pourrait bien entamer une restructuration majeure de ses activités. « Nous prévoyons de prendre une décision quant à poursuivre une potentielle séparation entre nos activités traditionnelles et innovantes avant la fin de 2016 », a confié Ian Read, le p-dg de Pfizer.

Cette affaire a un goût de déjà-vu, puisque la Maison Blanche avait déjà fait capoter des fusions de plusieurs dizaines de milliards de dollars ces derniers mois. Fin 2014, l'Américain Salix (désormais tombé dans l'escarcelle de Valeant) et l'Irlandais Cosmo avaient abandonné leur fusion, refroidis par la mise en place de plusieurs mesures fiscales américaines. À la même période, l'Irlandais Shire avait renoncé à s'offrir l'Américain AbbVie pour les mêmes raisons. Et les nouvelles dispositions encore plus agressives du gouvernement américain pourraient encore une fois impacter Shire, qui a lancé une offre de 32 Mrds $ sur l'Américain Baxalta début 2016. Mais, cette fois, le laboratoire irlandais ne semble pas sourciller. « Le groupe prévoit de finaliser cette fusion mi-2016 comme annoncé précédemment », a garanti Shire. Le laboratoire irlandais a aussi rappelé que l'objectif de cette combinaison était avant tout de créer une société leader dans les maladies rares. En somme, un pied de nez à ses concurrents Pfizer et Allergan, plus intéressés par l'avantage fiscal d'une telle opération.

 


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