Ingénierie : Une activité en légère reprise

Le 01 octobre 2013 par Sylvie Latieule
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LES ACTEURS DE LA PHARMACIE SONT PRÉOCCUPÉS PAR LEUR PERFORMANCE OPÉRATIONNELLE.
LES ACTEURS DE LA PHARMACIE SONT PRÉOCCUPÉS PAR LEUR PERFORMANCE OPÉRATIONNELLE.
©© Assystem

Les professionnels de l'ingénierie pharmaceutique s'arrachent un faible nombre de nouveaux projets sur le territoire français. Reste toutefois des opportunités dans l'amélioration opérationnelle des installations existantes et dans l'accompagnement de grands clients de la pharmacie à l'export.

Il n'aura échappé à personne que l'industrie pharmaceutique est en pleine mutation. En panne d'innovation et attaquée par la montée en puissance des génériqueurs, cette industrie doit se réinventer. Ce phénomène est d'autant plus visible en Europe où la crise oblige les gouvernements à contrôler plus drastiquement les dépenses de santé. Tous les grands laboratoires ont commencé par entreprendre d'importants remodelages de leurs portefeuilles et de leurs organisations de recherche, mais dans la foulée, la production n'a pas été épargnée. Aux premières loges de ces bouleversements, les spécialistes de l'ingénierie pharmaceutique constatent qu'il n'y a plus de gros projets dans le secteur pharmaceutique en France. « Sur 2012 et 2013, le marché s'est ralenti avec des taux d'investissement plus faibles que sur la période 2006-2009. Ceci est le reflet d'une situation générale de désindustrialisation qui touche le secteur pharmaceutique », explique Cécile Jolibois, vice-president Business Development, Life Sciences chez Technip.

Par ailleurs, la taille des projets a fortement diminué. « Dans les bonnes années, la taille moyenne des projets était de l'ordre de 30 millions d'euros d'investissements et pouvait atteindre les 100 M€. Aujourd'hui, les projets sont en moyenne de plus petite taille de 5 à 10 M€ », ajoute-t-elle. Ils sont cependant plus nombreux. Du coup, les grosses sociétés d'ingénierie ont dû s'adapter à la demande du marché. « Il faut lutter contre l'idée reçue que Technip ne fait que des gros projets. Bien que l'on soit en mesure de réaliser de gros projets, nous avons la culture et les capacités pour réaliser de petits projets de 1 à 5 millions d'euros. Les petits et moyens projets sont souvent très compliqués car ils doivent être menés sans que l'on interrompe ni ne perturbe la production », explique Cécile Jolibois. « Par exemple, nous terminons avec succès, pour un major de l'industrie pharmaceutique, un revamping complexe dont l'investissement était d'environ 600 K€, exécuté sous forme de Fast Track en 6 mois ».

Cette recrudescence des petits projets convient particulièrement bien aux sociétés de taille intermédiaire, à l'image de la société d'ingénierie Eras (55 M€ de CA en 2013) qui vient de faire l'acquisition des activités pharmacie et chimie de la filiale française de SNC Lavalin, après le rachat de E2i en 2010 puis de Chemsis en 2012. « L'une des particularités d'Eras est que l'on ne rechigne pas à réaliser de tout petits projets », explique Éric Colleter, directeur général adjoint. « Tout particulièrement dans la chimie fine, un petit projet de quelques dizaines de milliers d'euros peut être stratégique pour nos clients ». Mais il ajoute qu'Eras est désormais outillé pour des projets plus importants jusqu'à 100 M€, en pharmacie primaire (chimie fine) ou secondaire (formulation). Eras possède en effet un grand nombre d'agences disséminées sur le territoire français, capables de travailler de façon mutualisée en fonction de l'ampleur du projet.

Depuis le rachat des activités de SNC Lavalin, un nouveau centre de compétence pharmaceutique est installé à Lyon.

Pour Assystem qui intervient dans le secteur des sciences de la vie essentiellement en France, en Belgique et en Suisse, le constat est le même. « Nous travaillons avec des laboratoires de toutes tailles, y compris des start-up. Par contre, il n'y a pas de très gros investissements en France », confirme Ludovic Monthiers, directeur commercial chez Assystem Engineering and Operation Services. Si la crise a réduit la taille des projets, elle entraîne aussi une forte pression sur les prix. « En période de crise, les capacités d'investissement se réduisent et nos clients veulent avoir des projets plus optimisés », souligne Cécile Jolibois. Sa société, Technip, s'est d'ailleurs spécialisée dans l'analyse de la valeur, avec un estimateur dédié qui est en mesure d'analyser chaque projet et proposer des solutions à des coûts optimisés. Éric Colleter (Eras) souligne, pour sa part, que le métier souffre d'une confusion entre le « vrai métier d'ingénieriste » qui consiste à travailler en mode projet et les missions d'assistance technique (mode ressources). Le travail en mode projet se caractérise par l'usage d'outils de conception et de méthodologies de pointe, par un transfert de responsabilité vers l'ingénieriste et par un système de facturation forfaitaire. Le mode ressource consiste à mobiliser sur les projets du client des spécialistes, avec une facturation souvent journalière. Le groupe Assystem est né de l'assistance technique, mais il explique qu'il s'en éloigne progressivement. « Lorsque des clients manquent de compétences dans leur matrice projet, nous leur apportons des prestations d'assistance technique. Mais de façon générale, ils préfèrent aujourd'hui fonctionner en mode projet, ce que nous assurons en déployant nos propres méthodologies adaptées à chacun de nos clients », assure Ludovic Monthiers (Assystem).

Dans la période actuelle, comme tout fournisseur de l'industrie pharmaceutique, les acteurs de l'ingénierie se plaignent d'un manque de visibilité. « Il est normal que dans notre métier, on ne voit pas trop à l'avance les projets car les clients veulent préserver la confidentialité le plus longtemps possible », explique Cécile Jolibois (Technip). Néanmoins, même lorsque les appels d'offres sont lancés, les groupes pharmaceutiques continuent d'hésiter, notamment sur la localisation géographique du site qui bénéficiera de l'investissement. Souvent, plusieurs usines sont éligibles à travers le monde et le site France n'est pas toujours le mieux placé.

Une autre difficulté que rencontrent ces acteurs de l'ingénierie pharmaceutique est qu'ils font face à une multiplicité de marchés pharmaceutiques qui n'avancent pas à la même vitesse. Dans la chimie fine, les restructurations ont démarré, il y a une quinzaine d'années, quand les acteurs européens ont été confrontés à l'émergence de producteurs indiens puis chinois fabriquant à bas coût. Puis, les restructurations ont touché la pharmacie secondaire, notamment le segment des OSD (oral solid dosage), c'est-à-dire des médicaments proposés sous forme de comprimés ou de capsules. Le secteur est marqué par une reprise en main de l'outil industriel des laboratoires par des façonniers. Du coup, les investissements portent surtout sur des transferts de lignes ou autres petits projets. Dans ce contexte, Assystem n'hésite pas à mettre l'accent sur le thème de l'amélioration des performances. Le groupe propose des offres spécifiques autour de la réhabilitation ou de la remise à niveau des installations, mettant à profit son expérience acquise dans d'autres secteurs industriels, comme l'automobile. Dans le même registre, la jeune société Novelia Engineering articule ses prestations autour de la réduction des coûts de production. Créée il y a quatre ans par Philippe Caze, cette société qui affiche un effectif de 5 permanents, complété selon les besoins par un réseau de partenaires externes, aide ses clients à gagner en compétitivité. Elle s'adresse historiquement à la chimie fine, mais commence à se déployer dans la formulation.

Redémarrage en vue

 

« On a de la chance d'avoir un tissu industriel pharmaceutique solide qui a toujours besoin de transformations, même s'il n'y a pas de grands projets », reconnaît cependant Cécile Jolibois. Et si l'on bénéficie d'une solide réputation sur le marché français, cela permet d'accompagner des clients à l'export, lorsqu'ils se renforcent sur d'autres territoires, en Belgique, Suisse ou dans des pays émergents. Dans cette perspective, Eras, déjà présent en Suisse, envisage des créations de filiales en Belgique et au Maghreb, courant 2014. Et puis, il y a le secteur des biotechnologies qui inclut les vaccins, le fractionnement sanguin et les nouvelles thérapies développées par des start-up. « C'est là que se situe l'essentiel des projets. Ce sont des sujets plus complexes qui requièrent l'intervention de vrais spécialistes de la pharmacie », observe Cécile Jolibois.

Du coup après un tassement au premier semestre, les professionnels de l'ingénierie commencent à ressentir quelques frémissements. Technip a, par exemple, remporté la maîtrise d'œuvre complète d'un projet très innovant pour une société de biotechnologies. Et par le « petit bout de sa lorgnette », Philippe Caze (Novelia Engineering) perçoit aussi un léger redémarrage depuis le mois de juillet. Chez Assystem, le discours est encore plus optimiste car la société n'a pas eu de baisse de régime en 2013. « Nous sommes encore en phase de conquête de parts de marché. Le sujet de l'amélioration des performances industrielles est porteur. Notre retour d'expérience intéresse les industriels de la pharmacie », analyse Ludovic Monthiers, rappelant qu'Assystem puise ses origines dans le nucléaire, mais qu'il s'est déployé dans de nombreux secteurs industriels, dont l'automobile qui a beaucoup travaillé sur le thème de la performance industrielle. « Nous allons enregistrer une croissance assez significative en 2013 avec de très bonnes perspectives pour 2014. Assystem s'installe de mieux en mieux dans le paysage de l'ingénierie. Il va falloir compter avec nous », assure Ludovic Monthiers.

 

Les acteurs de l'ingénierie font face à une multiplicité de marchés qui n'avancent pas à la même vitesse.

 

3 questions à Philippe Caze, président-fondateur de Novelia Engineering

En quoi consiste le métier de Novelia Engineering ?

Notre métier est d'aider les industriels de la chimie fine à réduire leurs coûts de production. Nous intervenons à différents niveaux. Nous faisons de l'optimisation d'existant sans recourir à des investissements. Nous réalisons des revampings qui peuvent aller jusqu'à l'introduction de nouvelles technologies à flux continu. Nous offrons des prestations d'industrialisation où nous sommes en mesure de chiffrer des coûts de production correspondant à différentes voies chimiques.

Comment vous y prenez-vous pour réduire les coûts de production ?

Les synthèses organiques se font traditionnellement dans des procédés en batch. Or ces procédés se caractérisent par une très grande variabilité qui est à l'origine soit de l'apparition d'impuretés, soit d'opérations de « rework », soit de l'ajout d'étapes pour limiter les conséquences de variabilité du procédé en amont. Tout cela impacte négativement les coûts de production. C'est pourquoi nous proposons d'introduire du continu dans les procédés, afin d'éliminer cette variabilité. Mais attention, il ne faut pas tomber dans le piège des nouvelles technologies et des réacteurs intensifiés qui modifient les points de fonctionnement de la réaction chimique. L'idée est d'introduire du continu dans les installations existantes, sans toucher aux points de fonctionnement. Trop souvent en chimie fine et en pharmacie, les voies de synthèse ou de formulation ont dû s'adapter à un équipement existant. Nous proposons de faire le contraire en adaptant l'équipement au procédé. Nos clients sont toujours surpris des résultats.

Depuis quand les industriels de la chimie fine se préoccupent-ils de leurs coûts de production ?

Jusqu'il y a deux ans, les industriels de ce secteur n'étaient pas encore très réceptifs à la thématique des coûts de production, tant ils étaient tournés vers la valeur ajoutée que pouvait apporter la chimie. J'ai été surpris de constater avec quelle rapidité le coût de production a été placé en tête de leurs priorités. Tout récemment, nous venons monter un projet pour la construction d'une nouvelle unité pour le doublement de la capacité de production d'un blockbuster. La chimie mise en œuvre reste rigoureusement la même, mais le passage au continu permet de réduire de 30 % les coûts de production.

PROPOS RECUEILLIS PAR SYLVIE LATIEULE


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Article extrait d'Industrie Pharma Magazine

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