Cloisons : une tendance à la customisation

Le 01 décembre 2014 par Aurélie Dureuil
* Mots clés :  ,

Après des changements de matériaux liés à l'utilisation du H2O2, le secteur des cloisons pour salles propres fait aujourd'hui l'objet de développement d'accessoires, de passage de câbles, etc. Une customisation qui permet de répondre aux demandes des industriels de la pharmacie pour des locaux de plus en plus techniques.

Des systèmes électroniques permettant l'ouverture automatique des portes, des gaines amenant les utilités telles que le gaz, des vitrages de plus en plus important, l'intégration de passe-matériel, etc. Si le secteur des cloisons pour les salles propres ne semble pas avoir connu de révolution technique ces dernières années, les fabricants constatent une grande spécialisation de ces installations. « Aujourd'hui, les exigences sont de plus en plus sévères. Au niveau des aspects techniques, on retrouve des exigences d'encastrement, d'intégration dans les cloisons de toutes les servitudes... », note Daniel Quinet, directeur marketing et R&D de Dagard. Une spécialisation naturelle des installations afin de « répondre aux normes de l'industrie », selon Marc Cudelou, directeur du site Innothera de Chouzy-sur-Cisse. Le laboratoire a construit une unité de conditionnement, inaugurée en 2013, sur son site de production de médicaments pour le traitement de l'insuffisance veineuse, la prévention de l'ostéoporose... Si le directeur d'établissement précise que le point principal de ce chantier a été « l'organisation du flux des produits autour de l'atelier », il précise qu'une attention a été portée afin de « limiter les risques et les sources de contamination par les produits ». « Dans l'ancien bâtiment, nous avions un risque de rétention au niveau des plinthes, des rebords de fenêtres... Pour ce nouveau bâtiment, nous avons choisi une structure métallique avec un panneau sandwich en mousse de polyuréthane. Les remontées en plinthe avec le sol ont été intégrées pour nettoyer facilement les ateliers », ajoute-t-il.

La question du nettoyage et de la désinfection est un point important dans le choix d'un système de cloisons. Le passage à la désinfection au H2O2 a entraîné des dégradations des murs. Gérard Jouvent, responsable salle blanche de Plasteurop revient sur les changements liés à la désinfection au H2O2 qui a remplacé le formol. Si la société connue pour sa marque Plasteurop « n'a pas été touchée », le responsable constate « un vrai changement ces 10 dernières années ». « Aujourd'hui, le revêtement acier des cloisons est constitué d'un film polyéthylène colaminé noyé dans la laque 25 microns, pour empêcher le H2O2 de venir attaquer le parement métallique », précise Gérard Jouvent. Les panneaux ont ainsi connu des changements au niveau de leur revêtement afin de mieux résister à ce nouveau type de désinfection. Pour les salles propres ayant connu des dégradations, certains fabricants ont aussi développé des solutions pour éviter des changements conséquents. À l'exemple de Gerflor. La société connue pour ses sols techniques propose notamment des panneaux de protection murale. « Nos panneaux muraux s'installent sur les cloisons existantes. Il est facile de les coller dessus et cela permet de revenir à un état conforme aux BPF. Ce système permet de rénover les murs abîmes que ce soit par le H2O2, des chocs ou autre chose. Il s'installe aussi sur des cloisons d'autres natures. Pour un local couvert de faïence, par exemple, cela permet de replaquer une solution murale plane, lisse et qui se soude avec le sol pour obtenir un système totalement étanche », détaille Julien Salles, responsable Marketing international de Gerflor. Le H2O2 a ainsi impliqué des changements sur les cloisons. D'autres sujets de préoccupations concernent la constitution des panneaux. « De plus en plus les assureurs obligent nos utilisateurs à installer des panneaux classés M0 (A2-S1, Do), c'est-à-dire incombustibles. Les panneaux avec âme en polyuréthane n'y répondent pas contrairement à ceux en laine de roche ou en nid-d'abeilles », signale Gérard Jouvent. Il ajoute : « depuis 2 ans, on nous demande des cloisonnements coupe-feu 30 minutes ou 60 minutes. Cela complique les choses. Ce système qui empêche le feu de passer pendant un certain temps présente une conception très spécifique. On s'éloigne de la salle propre et du système complètement affleurant ». Si les fabricants se défendent d'avoir développé des nouvelles gammes de panneaux, ils témoignent ainsi des changements dans les choix des laboratoires pharmaceutiques.

 

Intégrer des accessoires pour les branchements électriques

 

Autre tendance rapportée par les différents intervenants, la spécialisation des cloisons. Si les industriels de la pharmacie semblent rester sur des solutions standard pour les matériaux des panneaux, ils leur en demandent de plus en plus. Outre, ses qualités de séparation de pièces en limitant les risques de contamination, la cloison doit aujourd'hui apporter de plus en plus de fonctionnalités. « Les clients souhaitent de plus en plus intégrer des solutions électriques dans leurs pièces tout en conservant des cloisons complètement affleurantes. Il faut donc des solutions pour garantir un minimum de zones de rétention, ce qui amène à proposer, par exemple, des interrupteurs, des prises de courant, etc. intégrés dans les panneaux. Cela rend ces accessoires compatibles avec les contraintes des zones classées », souligne Bertrand Keib, responsable de l'activité Salles propres de Sofradi, installateur d'enveloppes de salles propres et notamment agréé pour la pose des produits Plasteurop pour la région Grand Ouest de la France. La société Panelco connue sous pour sa gamme Plasteurop a aussi développé « des goulottes qui s'intègrent à la place d'un panneau. Elles viennent dans l'épaisseur du panneau pour intégrer les prises de courants, les interrupteurs, les prises informatiques, etc. », souligne Gérard Jouvent (Plasteurop).

Outre le développement d'accessoires pour les branchements électriques, les fabricants constatent l'incorporation croissante d'électronique. « Les industriels veulent de moins en moins de contacts. Ils demandent donc de plus en plus de portes automatiques, aussi bien pour les portes coulissantes que pour les portes pivotantes. La commande se fait par contact de proximité avec détection de la main ou du coude pour éviter les contaminations », témoigne Daniel Quinet (Dagard). Une tendance confirmée par Gérard Jouvent de Plasteurop. « L'intégration de l'électronique a tendance à s'accentuer. Les laboratoires nous demandent des systèmes d'interlockage des portes de plus en plus techniques. Nous devons gérer des ouvertures de portes automatiques, des portes rapides, des lecteurs de badge, des digicodes voire des lecteurs biométriques. Tout ça piloté par un petit automate situé au-dessus du plafond », précise-t-il. Et les systèmes électroniques et électriques ne sont pas les seuls à passer dans les panneaux des cloisons. Daniel Quinet de Dagard cite ainsi un projet pour une installation de biotechnologie. « Le laboratoire a demandé d'intégrer dans les goulottes les alimentations en gaz de tous les incubateurs. C'était la première fois que nous intégrions en l'usine les fluides dans les goulottes pour une livraison sur site des panneaux pré-équipés et à l'étanchéité validée. Ce projet s'inscrit dans la tendance d'une demande technique de plus en plus pointue avec l'intégration dans les cloisons de toutes les servitudes », détaille-t-il. Outre les fabricants de cloisons et les sociétés de pose, des entreprises se développent autour de ces demandes d'utilités au sein des salles propres. À l'exemple de Vision Nouvelle, qui propose des systèmes de traversées de cloisons. « Au départ, notre société était spécialisée dans les skids et équipements process pour salle propre. Nos clients ne voulaient plus de trous dans les cloisons avec l'ajout de silicone pour le passage des tuyauteries. Nous avons donc développé les Clean Pass SB23 : nettoyables, avec une double barrière d'étanchéité, sans zone de rétention et esthétiques. Commercialisée pour les passages de tuyauteries, la gamme s'est étoffée avec des passages pour câbles électriques », détaille Delphine Daniou-Blanc, responsable Clean Pass SB23 à Vision Nouvelle.

Et si la tendance semble être d'ajouter des fonctions dans les cloisons, elles se font aussi de plus en plus transparentes. « Dans l'industrie pharmaceutique, il y a beaucoup de petits locaux. Les laboratoires nous demandent de plus en plus de vitrages dans les parois ou des portes de plus en plus vitrées. Ces parois doivent être totalement affleurantes et étanches et permettre une meilleure communication. Cette transparence est aussi gage de sécurité », explique Daniel Quinet. Il cite ce projet dans la biotech où le cahier des charges comprenait la mise en place d'un vitrage dans chaque local. « Habituellement dans les portes coulissantes, nous avons seulement un petit oculus. Là nous avons mis en place des portes coulissantes avec 90 à 100 % de vitres », précise-t-il. L'aspect visuel passe également par l'utilisation croissante de couleurs pour délimiter les pièces et les zones, selon Dagard.

Ces panneaux, de plus en plus customisés, doivent néanmoins être modulaires comme le signale Bertrand Keib. « Cette modularité répond à deux demandes. D'abord, quand le client souhaite réaliser un atelier, les délais de livraisons des équipements de process ne sont parfois pas compatibles avec les délais de réalisation des travaux. Et souvent ce matériel volumineux ne passe pas les portes. Il faut donc des panneaux démontables pour passer le matériel alors que la pièce est réalisée. D'autre part, cette modularité doit également permettre de faire évoluer l'agencement de l'atelier en fonction des besoins de fabrication, notamment chez les façonniers », détaille le chargé d'affaires de Sofradi. Entre modularité et spécialisation, et alors que leur fabrication a peu évolué, les cloisons intègrent de plus en plus de fonctionnalités pour les salles propres pharmaceutiques.

UNE DÉMARCHE ENVIRONNEMENTALE NAISSANTE

« Nous avons une demande croissante pour connaître l'énergie utilisée pour créer un panneau et pour son recyclage. Nous avons réalisé des analyses de cycles de vie pour nos différents types de panneaux afin de répondre à ces demandes. Ces analyses sont renseignées dans nos fiches de déclaration environnementale et sanitaire (FDES) », indique Gérard Jouvent, responsable salle blanche de Plasteurop. Si la démarche semble naissante, les acteurs des cloisons de salles propres signalent une demande de solutions pour réduire les consommations d'énergie. Au niveau des éclairages, Daniel Quinet, directeur marketing et R&D de Dagard, note le développement des luminaires à Led dans les salles propres. « Ces éclairages deviennent plus accessibles au niveau économique et permettent de réduire les consommations d'énergie et les coûts de maintenance », précise-t-il. Toujours pour les éclairages, l'ajout d'électronique dans les cloisons permet de mettre en oeuvre des détecteurs de présence pour la gestion de l'éclairage et ainsi diminuer les consommations. Roham Chafai, architecte en charge du second oeuvre sur les projets pharmaceutiques de Technip, constate une généralisation de ces systèmes pour l'éclairage mais aussi pour les robinetteries, dans une démarche de développement durable.

3 questions à Roham Chafai, architecte en charge du second oeuvre sur les projets pharmaceutiques de TechnipNeuf critères pour le choix du panneau

Quels sont les éléments à prendre en compte pour le choix d'une cloison ? Roham Chafai : Pour la construction neuve ou pour le revamping d'installations pharmaceutiques, le choix du panneau se fait globalement suivant 9 critères : le classement pharmaceutique, les classes d'étanchéité et de confinement, les préconisations de l'assureur, les produits de process, les produits de nettoyage, les impératifs économiques, les habitudes du site, la durée de vie ou la flexibilité, la maintenance. C'est à partir de cette grille de critère que nous ciblons le type de cloison le plus adéquat à mettre en place. Quels sont aujourd'hui les types de cloisons utilisées ? R.C. : Ces dix dernières années, l'utilisation du H2O2 a beaucoup impacté le choix des cloisons. Aujourd'hui, le matériau le plus utilisé est le panneau à âme en laine de roche, nid-d'abeilles ou polyuréthane (suivant les préconisations de l'assureur et les contraintes thermiques), revêtu d'un parement en acier, en stratifié HPL ou en compact. Pour les zones avec décontamination au H2O2 quotidienne, les parements seront en inox. Pour les autres, nous demandons un parement acier d'au moins 75 microns avec un revêtement PET. Les panneaux compacts ont une bonne tenue à la décontamination par H2O2. Les fabricants de panneaux fournissent des PV de tenue au H2O2, via des essais mis en place avec les fournisseurs d'équipements de décontamination. Vous constatez par ailleurs des évolutions dans la définition des budgets d'investissements. Pouvez-vous nous préciser cette tendance ? R.C. : Pour des raisons économiques, les investissements sont de plus en plus serrés. Les industriels vont moins vers le « nice to have », des tableaux comparatifs nous sont demandés dans les phases Avant projet sommaire. Les tarifs ont également évolué. Les fournisseurs qui ne faisaient que du haut de gamme ont développé du moyen de gamme voire du bas de gamme. Nous voyons aujourd'hui l'arrivée de panneau de pays low cost, via des sites Internet. Il y a quelques années les fabricants de panneaux exportaient en Chine. Aujourd'hui, la Chine fabrique des panneaux pharmaceutiques et elle est présente sur le marché de l'industrie pharmaceutique.

Propos recueillis par Aurélie Dureuil


Réagir à cet article
imprimer Ajouter à vos favoris envoyer à un ami Ajouter à mes favoris Delicious Partager cet article avec mon réseau profesionnel sur Viadeo linkedin Partager cette page sous Twitter S'abonner au flux RSS de Pharma
A la une sur Pharma

Effectuer une recherche

Article extrait d'Industrie Pharma Magazine

Le 1er magazine de la chimie fine et du process pharmaceutique

 Contactez la rédaction
 Abonnez-vous


A suivre dans l'actualité

Vaccins
Traçabilité
Stratégie
Réglementaires

Sites du groupe

Usine Nouvelle Portail de l'industrie L'Echo Touristique Argus de l'Assurance

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus
 Publicité  Pour nous contacter  Mentions légales  RSS