Chez Sanofi, l'Asie représente un tiers des fournitures de la chimie fine

Le 01 octobre 2011 par Propos recueillis par Aurélie Dureuil
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LE CONTRÔLE À LA RÉCEPTION DES MATIÈRES EST UNE ÉTAPE CRUCIALE DANS LA RELATION AVEC UN FOURNISSEUR.
LE CONTRÔLE À LA RÉCEPTION DES MATIÈRES EST UNE ÉTAPE CRUCIALE DANS LA RELATION AVEC UN FOURNISSEUR.
©© Jean Chiscano

Pour ses activités de production de principes actifs, le laboratoire français Sanofi fait appel à des fournisseurs en Europe, aux États-Unis et au Japon. Il se tourne de plus en plus vers l'Asie. Jean Socquet, directeur Achats matières premières Chimie et biotechnologie de Sanofi, détaille la politique de sourcing du groupe.

Pouvez-vous nous décrire la fonction que vous occupez ?

Je suis responsable des achats de matières premières pour tous les sites Sanofi qui produisent des principes actifs, issus de synthèses organiques, de procédés de fermentation et de biotechnologies (vaccins inclus). Cela concerne notamment 10 sites sur lesquels nous produisons des principes actifs de synthèse organique. La diminution des volumes de ventes pour les produits matures et la décroissance du nombre de nouvelles molécules issues de synthèse organique exigent une adaptation de nos capacités de production. En revanche, nous sommes en train de nous doter de capacités industrielles de biotechnologies suffisantes pour soutenir la croissance attendue dans ce type de nouvelles molécules.

 

La plupart des principes actifs contenus dans les médicaments de Sanofi sont-ils produits sur ces sites ?

Oui, une bonne partie des principes actifs sont produits dans nos sites. Nous achetons certains principes actifs à des tiers, soit parce que nous n'avons pas les installations pour produire sur nos sites, soit pour des raisons historiques. En effet, au cours du temps, plusieurs de nos sites ont été cédés, accompagnés de contrats de sous-traitance. Depuis quelques années, nous développons une stratégie de rapatriement très ciblée sur certaines molécules. Néanmoins, cela représente encore les plus gros contrats de sous-traitance de mon périmètre.

 

Pour la production de chimie fine, quel type de matières premières achetez-vous ?

Nous achetons des solvants et des commodités, mais également beaucoup d'intermédiaires de synthèse organique et des starting material, en termes réglementaires. Il s'agit souvent de produits présents dans le catalogue de nos fournisseurs car ils sont utilisés dans la production de principes actifs matures. Il peut s'agir de produits spécifiquement développés par nos fournisseurs, à notre demande, pour des molécules récentes.

 

Quelle est la politique de sourcing de ces intermédiaires ?

Le sourcing se fait encore majoritairement en Europe, aux États-Unis et au Japon. Mais de plus en plus, nous nous tournons vers l'Asie, qui représente aujourd'hui un tiers de nos fournitures de chimie fine. Cette tendance ne s'explique pas uniquement par des raisons de coûts. Il y a aussi des matières que nous trouvons de plus en plus difficilement en Europe. En règle générale, nous cherchons toujours à avoir au moins deux fournisseurs par intermédiaire : un « occidental » en Europe ou au Japon ; et un dans les pays émergents, c'est-à-dire en Chine, en Inde et plus récemment, dans les pays d'Europe de l'Est. Il s'agit majoritairement de sourcing en Chine. Les fournisseurs indiens ont de plus en plus tendance à acheter des intermédiaires en Chine pour produire des principes actifs. Le sourcing dans les pays de l'Europe de l'Est est encore embryonnaire.

 

Comment choisissez-vous un fournisseur dans les pays émergents et notamment en Chine ?

Nous n'allons pas toujours vers le meilleur prix. Il faut que la qualité soit au rendez-vous. Nous tenons compte aussi des aspects environnementaux afin de s'assurer de la pérennité du sourcing. De plus en plus, les producteurs chinois ont des suivis sur le respect des normes environnementales comparables à ceux exercés en Europe. En ce qui concerne le niveau de qualité requis pour l'industrie pharmaceutique, plusieurs cas se présentent : soit le producteur possède déjà le bon niveau ; soit il ne l'a pas, mais avec notre aide, nous estimons qu'il peut l'atteindre ; soit il ne l'a pas du tout et nous ne poursuivons pas les échanges. Un autre aspect est extrêmement important : la traçabilité. Quand on travaille avec la Chine, il est critique de pouvoir avoir accès directement au producteur. Il faut se déplacer pour voir dans quelles conditions le produit est fabriqué. Nous faisons également très attention aux risques de contamination. Enfin, un point important concerne les aspects analytiques qui restent souvent le point faible des producteurs chinois.

 

La question de l'analyse semble être un élément crucial. Comment le contrôle des produits impacte-t-il votre choix de fournisseur ?

C'est une question de fiabilité de fourniture dans un environnement pharmaceutique. Le fournisseur doit être capable de juger de la conformité de ses produits en appliquant les mêmes méthodes et spécifications que nous appliquerons à la réception du produit. Pour des fournitures de matières d'origine de pays « non ICH », nous ne pratiquons pas de réduction de contrôles et nous prélevons chaque contenant. Dans le cas de fourniture de matière premières d'origine (manufacturing) de pays ICH (Europe, États-Unis, Japon), il n'est pas rare que nous pratiquions une réduction de contrôle à réception (c'est-à-dire identification uniquement), en ayant préalablement mis en place les accords qualités nécessaires avec les fournisseurs et sur la base d'un historique de résultats suffisamment représentatifs.

 

Comment estimez-vous les relations avec des fournisseurs asiatiques aujourd'hui ?

En prenant des précautions dans le choix de nos contacts, nous pouvons avoir des relations très normalisées. Il est important de ne pas entretenir cette relation uniquement sur l'aspect commercial. Nous les auditons régulièrement, même si nous n'avons pas de problème.

 

Au niveau européen, un changement a été apporté à l'interprétation des textes concernant l'enregistrement des intermédiaires de synthèse dans le cadre de Reach. Quel impact prévoyez-vous pour l'activité chimie fine des sites de Sanofi ?

Reach évolue et nous évoluerons aussi pour tenir compte des nouvelles exigences. Nous faisons une veille réglementaire sur le sujet en nous appuyant sur un support interne dédié. Pour le moment, nous ne prévoyons pas d'impact particulier sur notre stratégie d'approvisionnement. Nous nous sommes bien préparés à Reach. Nous avons systématiquement procédé au pré-enregistrement de nos matières achetées quand nous estimions qu'il y avait un risque que le fournisseur ne le fasse pas.

Actuellement, nous nous occupons en priorité des enregistrements nécessaires pour fin 2013 en fonction des seuils de quantité. Le fait de travailler en direct avec les producteurs nous enlève les doutes sur la provenance. Nous savons quand un produit n'est pas fabriqué dans la Communauté européenne.

LA CHIMIE FINE DE SANOFI EN CHIFFRES

10 sites de production de principes actifs de synthèse organique

7 000 personnes

Environ 150 principes actifs produits

3 000 références de matières premières achetées


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Article extrait d'Industrie Pharma Magazine

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