L'écoconception s'impose dans les bureaux d'études. Quelles conséquences pour la chimie ?
Les industriels ne pourront bientôt plus concevoir leurs produits selon les seuls enjeux économiques. Leur impact environnemental devient un critère stratégique. L'analyse du cycle de vie (ACV) s'applique très bien aux biens manufacturés, déjà existants et dont on connait toutes les phases de la vie. Mais dans la chimie, nous travaillons sur des produits intermédiaires. L'ACV impose alors deux contraintes. D'abord, nous ne vendons pas nos matériaux directement au grand public. Il est donc délicat d'anticiper leur fin de vie. Ensuite, le défi est d'accéder aux données sur les nouvelles matières premières.
Notamment pour celles d'origine végétale...
Avec l'Ademe, l'association Chimie du végétal a mené une étude pour développer une méthode d'ACV simplifiée dédiée aux filières agrosourcées. Le végétal impose en effet de nouveaux critères. Il faut tenir compte des intrants chimiques de la production agricole. Lorqu'un même végétal donne plusieurs co-produits, il faut aussi définir comment répartir les impacts environnementaux. L'association Chime du végétal préconise une allocation selon la masse de chaque co-produit. Autre particularité, quand il pousse, le végétal capte du CO2. Conséquence : comme indicateur, les émissions de gaz à effet de serre ne suffisent pas. L'association préconise l'instauration d'un taux de carbone renouvelable. Pour réduire la part de matière et d'énergie d'origine fossile.
Vos conseils pour débuter l'écoconception ?
L'ACV peut susciter des appréhensions, notamment dans les PME. Mon conseil : commencez par des études simplifiées. La première étape est de réaliser un inventaire complet pour redécouvrir plus finement son produit et ses procédés. Et identifier des sources d'économies. Pour les nouvelles matières, les logiciels agréés d'ACV demandent des données encore inconnues en R&D. Chez Rhodia, nous développons donc une méthodologie interne. Nous cherchons à définir nos propres indicateurs sur les émissions de gaz à effet de serre, la toxicité des matières, la consommation énergétique... Mais si chaque industriel développe ses propres outils, il y a un risque de multiplication des indicateurs. Pour l'éviter, nous montons un projet dans le cadre du pôle de compétitivité Axelera. Il est encore en attente de financement.
Propos recueillis par Thomas Blosseville

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