Total voit plus grand au Texas et en Corée du Sud

Le 01 juin 2017 par Par Julien Cottineau
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Le site pétrochimique de Port-Arthur.
Le site pétrochimique de Port-Arthur.
©Total

Le géant français de la pétrochimie s'est allié à Borealis et à Nova Chemicals pour son projet de second vapocraqueur à Port Arthur, au Texas. En Corée du Sud, Total et son partenaire local Hanwha investiront 450 M$ pour renforcer encore leur complexe de Daesan. En Algérie aussi, des projets sont esquissés.

C'était attendu. Depuis 2013, l'idée de construire un vapocraqueur aux États-Unis était à l'étude chez Total. Le projet avait été rendu public, lorsque le géant français avait procédé à une flexibilisation du vapocraqueur de sa coentreprise avec BASF à Port Arthur, au Texas (États-Unis), implanté sur le site de la gigantesque raffinerie américaine de Total. Objectif : ne pas passer à côté de l'opportunité de l'éthane bon marché outre- Atlantique. Avec le temps, l'idée d'un side-cracker intégré avait avancé. En 2015, un contrat d'ingénierie d'avant-projet détaillé (FEED) avait été confié à CB&I. Mais le groupe français cherchait toujours des partenaires. Il les a trouvés.

Nova Chemicals et Borealis ont signé, fin mars, un accord préliminaire pour s'associer au projet texan de Total. Un projet de très grande envergure. Les trois partenaires constitueraient une coentreprise détenue à 50 % par le groupe français. Leur objectif serait de construire à Port Arthur un vapocraqueur sur base éthane d'une capacité de 1 million de tonnes par an d'éthylène, soit une capacité similaire au vapocraqueur existant partagé avec BASF (environ 1,1 Mt/an, détenu à 60 % par le groupe allemand). Le projet nécessiterait un financement de 1,7 milliard de dollars (1,58 Mrd €). Une somme finalement pas si conséquente pour un programme de cette ampleur. Total évoque d'ailleurs « l'un des projets de craqueur les plus compétitifs des États-Unis » grâce aux « importantes synergies avec sa plateforme intégrée de classe mondiale ». Le démarrage est envisagé pour 2020, et une soixantaine de postes devraient être créés sur place pour la gestion des opérations après la mise en service. Le contrat d'ingénierie et de construction a été confié également à CB&I.

 

Une vaste usine de polyéthylène à Bayport

 

Mais l'histoire ne s'arrête pas là. Total et ses deux partenaires, tous deux détenus majoritairement par le groupe International Petroleum Investment Company (IPIC, Émirats Arabes Unis), voient plus grand. Ils envisagent aussi la construction d'une vaste usine de polyéthylène (PE). Celle-ci, pour laquelle une étude FEED est en cours, serait implantée sur un autre complexe texan de Total, à Bayport. Elle serait dotée de capacités de 625 000 t/an, visant essentiellement le marché nord-américain. Le montant de l'investissement n'est pas encore déterminé, mais globalement, avec le projet de vapocraqueur, les trois partenaires seraient sur une perspective qui pourrait avoisiner les 3 Mrds $, selon les chiffres habituels pour ce type de projets. L'usine de PE utiliserait le procédé technologique Borstar, de Borealis, ce qui serait une première sur le sol américain, et qui permettrait de produire du PE haute densité et du PE basse densité linéaire. Par ailleurs, à Bayport, Total dispose déjà de deux lignes de PE haute densité, pour une capacité totale d'environ 400 000 t/an. Ces capacités seraient versées à la coentreprise avec Nova et Borealis.

Une décision définitive pour la constitution de la coentreprise et le projet de polyéthylène est attendue d'ici la fin de l'année. « Après des investissements significatifs dans le GNL et le gaz de schiste américains, cet investissement de près de 2 Mrds $ montre notre volonté de renforcer notre présence aux États-Unis où nous sommes depuis 60 ans et où nous avons plus de 6 000 collaborateurs », s'est félicité Patrick Pouyanné, le patron de Total. Sur le sol américain, en termes de pétrochimie, le Français détient aussi un gigantesque complexe de polypropylène à La Porte, toujours au Texas, et l'une des plus grandes usines au monde de polystyrène, à Carville en Louisiane. Outre-Atlantique, Total dénombre enfin une multitude de sites chimiques via ses filiales Hutchinson et Cray Valley.

 

Augmenter de 30 % la capacité à Daesan

 

Deux semaines après ces annonces américaines, Total a dévoilé un investissement d'envergure sur sa plateforme sud-coréenne de Daesan, ainsi que des projets envisagés en Algérie. Le volet le plus important, à ce jour, concerne la Corée du Sud. Hanwha Total Petrochemical, la coentreprise à parts égales avec Hanwha (qui a repris les actifs de Samsung en 2014 et modifié ainsi le nom de la coentreprise Samsung Total Petrochemical), prévoit un investissement de 450 M$ à Daesan. L'objectif est d'augmenter de 30 % la capacité actuelle du vapocraqueur d'éthylène, pour atteindre 1,4 Mt par an. Le démarrage des capacités additionnelles est programmé pour mi-2019, sachant qu'un grand arrêt de maintenance est prévu sur le vapocraqueur, courant 2019.

Ce n'est pas la première fois que le craqueur de Daesan fait l'objet d'un renforcement capacitaire. Entre 2005 et 2007, les capacités avaient été augmentées, et entre 2014 et 2016, un four pour craquer du gaz de pétrole liquéfié avait été ajouté, portant les capacités d'éthylène de 1 à 1,1 Mt/an. Cette fois, le projet est plus conséquent. Il est question d'accroître la flexibilité du vapocraqueur pour traiter du propane. Celui-ci serait importé du Moyen-Orient et/ou des États-Unis grâce à la grande disponibilité de propane due à la révolution des gaz de schiste. Selon Total, l'avantage du propane est également d'être plus facilement transportable que l'éthane et de nécessiter moins d'infrastructures logistiques. Par ailleurs, le groupe français explique que l'accroissement des volumes de production d'éthylène permettra de mieux répondre à la demande locale mais aussi à la demande chinoise. Car ces dernières années, entre la mise en service d'unités de polyoléfines et de dérivés d'éthylène en Corée du Sud et des réductions de capacités d'éthylène sur base naphta au Japon, les volumes disponibles à l'exportation, notamment vers la Chine, auraient diminué. Mais pas la demande chinoise. Les études seront à la charge d'Hanwha Engineering and Construction, et la technologie sera fournie par l'ingénieriste américain CB&I.

La plateforme de Daesan est hautement stratégique pour Total. Elle compte parmi les six plateformes de raffinage/chimie intégrées du groupe français dans le monde, aux côtés de celles en France, en Belgique, aux États-Unis, au Qatar et en Arabie Saoudite. Depuis son arrivée sur la plateforme de Daesan en 2003, Total n'a cessé d'investir avec ses partenaires coréens pour assurer le développement. Via des investissements de 2 Mrds $ entre 2012 et 2014, avaient été ajoutées sur le site une unité de traitement de condensats (naphta lourd pour les unités d'aromatiques, naphta léger pour le vapocraqueur, et produits finis comme du kérosène et du diesel), une unité de copolymères éthylène acétate de vinyle (EVA), et une seconde unité d'aromatiques de paraxylène et de benzène. Aujourd'hui, en plus de l'éthylène, la plateforme dispose de capacités totales de 1,8 Mt/an de paraxylène, de 1,3 Mt/an de benzène, de 1,05 Mt par an de styrène, de 800 000 t/an de propylène, de 700 000 t/an de polypropylène et de 240 000 t/ an d'EVA. Située à 145 kilomètres de Séoul, elle s'étend sur plus de 320 hectares et recense plus de 1 500 salariés.

 

Un projet de complexe avec Sonatrach en Algérie

 

Le volet algérien est moins calibré, à ce stade. Le 10 avril, Total a conclu un accord global avec son partenaire algérien Sonatrach pour un certain nombre de projets dans l'amont. L'accord doit permettre aussi le développement de projets en aval, comme le solaire ou la pétrochimie. Dans ce domaine, l'ancien projet d'un vaste complexe d'éthylène et de polyéthylène à Arzew, près d'Oran, a été abandonné, ces dernières années. En décembre 2016, Total et Sonatrach ont finalement signé un accord pour lancer une étude de faisabilité concernant la construction d'un complexe de déshydrogénation de propane et d'une unité associée de polypropylène. Pour l'heure, ni le calendrier ni l'envergure des investissements et des capacités n'ont été précisés. Sans surprise, Total n'ambitionne toutefois pas un projet de trop petite dimension, puisque ce complexe serait de taille mondiale.


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Article extrait d'Info Chimie Magazine

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