Pascal Juéry: « Défendre sans relâche la compétitivité de notre industrie »

Le 27 mai 2016 par Propos recueillis par Julien Cottineau
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©© Marc BERTRAND

Tout juste élu à la présidence de l'Union des Industries Chimiques (UIC), Pascal Juéry, membre du comité exécutif de Solvay, nous a détaillé ses ambitions et projets.

Quelles priorités vous êtes vous fixées pour votre mandat ?
 

Je rappelle d'abord quelques chiffres clés sur notre secteur. L'industrie chimique représente aujourd'hui 75 milliards d'euros de chiffre d'affaires, environ 200 000 salariés directs, et un solde extérieur très important de plus de 7 Mrds €. C'est une industrie qui résiste bien en France, dans un contexte industriel pourtant difficile. Ma première priorité est de mettre nos adhérents au coeur des actions de l'UIC. Nous représentons environ un millier d'entreprises adhérentes, notre organisation professionnelle est là pour les servir sur tous les sujets, que ce soit dans les domaines sociaux ou techniques. Ma deuxième priorité est de continuer à défendre sans relâche la compétitivité de notre industrie et les emplois qui y sont associés. Il faut continuer à se battre pour qu'en France, la chimie ait un accès compétitif à l'énergie et aux matières premières, dispose d'infrastructures de qualité, ait la possibilité de développer des plateformes industrielles. Il faut également être très vigilant à la réglementation, et surtout aux effets de surréglementation. Ma troisième priorité est de montrer que notre industrie est une industrie d'avenir et high-tech, qu'elle apporte des réponses aux défis de la société. Elle est au coeur de l'allégement des matériaux, d'une mobilité plus durable, des solutions de dépollution, de l'énergie renouvelable, de l'isolation des bâtiments... Il faut nous inscrire dans cette perspective.

 

Quel regard portez-vous sur la place de la chimie en France dans le monde ?
 

La chimie en France est la 2e en Europe derrière l'Allemagne et la 6e dans le monde. En revanche, c'est vrai que la croissance s'est plutôt déroulée en Asie ces dernières années. Il y a 20 ans, la Chine ne comptait que pour 6 % de la demande en chimie, contre 35 % aujourd'hui. La chimie en France a limité le phénomène de désindustrialisation. Le secteur reste en croissance, mais c'est vrai que l'essentiel de la croissance s'accomplit plutôt ailleurs. La chimie en France a des atouts : sa formation académique, une R&D importante avec un très bon écosystème pour les partenariats public-privé et des dispositifs incitatifs comme le Crédit impôt recherche. C'est très important pour maintenir l'avenir de notre industrie, c'est très positif même si il y a des défis à relever.

 

Comme celui de l'accès à une énergie compétitive ?
 

Ce chantier a commencé il y a quelques années et a toujours été très bien mené par l'UIC, que ce soit sur la cogénération industrielle ou sur les avancées pour l'accès à l'électricité. Il est clair qu'il y a encore un écart de prix important entre le prix du gaz aux États-Unis ou au Moyen-Orient par rapport à l'Europe, mais il s'atténue. Il faut continuer à se battre en ce sens. Sans économie forte, il n'y a pas de création d'emplois. L'économie ne peut être forte sans une industrie forte. Or la chimie est l'industrie des industries, la mère des industries. Il faut porter ce message avec force, et se battre là où on a des atouts pour réussir. Cela passe par l'innovation, par notre habileté à répondre aux besoins de la société avec des solutions plus durables. Il faut aussi préserver notre pétrochimie, mais la bataille du développement, c'est l'innovation.

 

En termes d'innovation, que pensez-vous de la chimie verte ?
 

C'est une des solutions, mais pas forcément la seule. On est très attentif au développement de ces initiatives et des start-up. Un de nos grands enjeux à l'UIC, c'est de les aider à se développer, que ce soit la chimie du végétal et la chimie verte. Je me félicite qu'il y ait des initiatives et des start-up dans ce domaine, cela montre la vitalité de notre pays. L'enjeu c'est de transformer ces start-up en business pérennes et de les faire passer du démonstrateur à l'échelle industrielle.

 

Quelles relations entretenir avec les pouvoirs publics ?
 

L'UIC est une organisation compétente et reconnue comme telle par les parties prenantes et les pouvoirs publics. Il y a beaucoup de compétences et d'expertise, je compte m'appuyer sur cette reconnaissance. Nous devons continuer à progresser. On n'en fait pas encore assez pour expliquer nos enjeux, qui nous sommes, notre responsabilité et nos solutions d'avenir. Il faut poursuivre dans ce domaine et s'adresser à l'ensemble des parties prenantes : les pouvoirs publics à l'échelon national mais aussi les communautés régionales et locales, et le grand public. Il y a des actions où l'on doit être plus présent. Il faut mieux expliquer de manière constante et presque quotidienne. L'UIC est très reconnue, c'est un partenaire assez naturel pour les pouvoirs publics. Nos relations sont constructives. Notre organisation a été la première à s'engager dans le Pacte de responsabilité, et à la fin 2015 nous étions en ligne avec nos engagements. On a beaucoup d'atouts à faire valoir.

 

Comment rendre la France plus attractive pour les investisseurs internationaux ? Avec les plateformes ?
 

Les plateformes sont un bon endroit pour favoriser les implantations industrielles. Il y a tout de suite accès à des infrastructures, des utilités et une facilité réglementaire. Il y a eu quelques très bonnes initiatives à Lacq, à Roussillon, qui ont généré des investissements importants. C'est un bon axe de développement, il faut promouvoir l'émergence de ces plateformes. Derrière, il y a des investissements et des emplois. Pour rendre la France attractive, il y a d'autres signes encourageants. Son importance est mieux comprise aujourd'hui, on a progressé dans certains domaines comme dans l'énergie, on a un très bon système pour l'innovation, l'éco-système en R&D est excellent. Est-ce suffisant dans une compétition internationale très vive ? Aujourd'hui tout n'est pas parfait, mais la direction est bonne. Les plateformes sont un bon élément. Il faut aussi réfléchir à l'attractivité de manière plus globale, réfléchir à des « incentives ». Il faut rendre le territoire France encore plus attractif.

 

Quels sont les points réglementaires les plus importants à suivre ?
 

Le grand sujet reste Reach. On peut parler des modalités d'application et de la lourdeur administrative, mais c'est très positif pour notre industrie d'avoir une réglementation produits claire. Ce qui me frappe, c'est que Reach n'est pas très connu et on peut avoir l'impression que beaucoup de gens ignorent même jusqu'à son existence, alors que le travail est colossal pour les acteurs industriels, et pas seulement pour ceux de la chimie mais aussi ceux qui consomment leurs produits. Le point de vigilance, c'est la surréglementation. Celle qui fait surenchère ou se superpose en France par rapport aux règles européennes. Oui à la réglementation intelligente ! Nous ne sommes pas une industrie anti-réglementation, mais nous la souhaitons intelligente, simple et surtout le plus possible unique au niveau européen.

 

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Article extrait de Chimie Pharma Hebdo

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