Monsanto rejette les 62 Mrds $ de Bayer

Le 30 mai 2016 par Julien Cottineau

Le géant américain des semences, Monsanto, juge l'offre de 62 Mrds $ de Bayer sous-évaluée. La proposition du groupe allemand, qui effectue là un changement stratégique, ne séduit ni les observateurs ni le grand public.

C'est non ! En tout cas pas en l'état. Monsanto n'a pas attendu 24 heures pour refuser publiquement l'offre de Bayer, jugée « incomplète » et « financièrement inadéquate ». Elle sous-évalue le potentiel du géant américain des semences et ne garantit en rien l'épineux souci des barrières réglementaires. Allusion aux très envisageables réticences des autorités de la concurrence dans le monde. Toutefois, Monsanto s'est dit ouvert à toute discussion constructive. Le retour à la table des négociations ne se ferait donc que si Bayer est prêt à revoir son offre à la hausse. Le géant allemand venait pourtant de dévoiler publiquement, le 23 mai, une proposition colossale de 122 dollars par action, soit un potentiel de 62 Mrds $ (55,5 Mrds €), pour l'acquisition de la totalité du capital de Monsanto.
 

« Bayer semble le seul emballé dans cette histoire »
 

Quelques jours après avoir vendu la mèche de discussions, Bayer a donc sorti le grand jeu en abattant ses cartes. En reprenant Monsanto, il créerait le leader mondial de l'agrochimie avec un chiffre d'affaires de 23,1 Mrds € selon les chiffres 2015. De quoi dominer ChemChina et Syngenta (14,8 Mrds €), le futur agrochimiste Dow-DuPont (14,6 Mrds €), et son compatriote BASF (5,8 Mrds €). Le nouveau Bayer afficherait des revenus globaux, en dehors de sa participation dans Covestro, de 47,1 Mrds €, répartis à parts égales entre la pharmacie et les semences et phytosanitaires. Contre un ratio actuel de 70/30 en faveur de la pharmacie, division qui a pourtant concentré les plus grandes acquisitions de Bayer depuis 15 ans : l'OTC de Roche en 2004, Schering en 2006, et l'OTC de l'Américain Merck en 2014. Trois acquisitions ayant totalisé plus de 32 Mrds € en valeur, soit la moitié de ce que représente l'offre pour Monsanto. Ce choix stratégique de Bayer est marquant. Tout juste intronisé à la tête du groupe au 1er mai, Werner Baumann bouleverse d'emblée la stratégie qu'avait menée son prédécesseur Marijn Dekkers pendant plus de 6 ans.
 

Les autres attraits présentés par Bayer sont un rééquilibrage des portefeuilles de semences et de phytosanitaires pour lui et Monsanto, chacun comblant les lacunes de l'autre en termes de marchés. Le rééquilibrage géographique est aussi évident. En termes de synergies, Bayer entrevoit des réductions annuelles de coûts de 1,5 Mrd € dès la troisième année. Et pour les actionnaires de Monsanto, l'offre représente quand même un premium de 33 % sur les six derniers mois.
 

Force est de constater que Bayer semble le seul emballé dans cette histoire. Si Monsanto semble jouer la gagne, analystes financiers et investisseurs n'ont pas l'air conquis. Dans l'ensemble de la presse internationale, les commentaires des premiers étaient plutôt sceptiques voire négatifs. En Bourse, le titre Bayer a flanché de 5 % le jour de l'annonce de l'offre, et évoluait le 26 mai 10 % en dessous de sa valeur du 19 mai, jour de la confirmation de volonté de rachat. De son côté, l'action Monsanto, même si elle a pris 15 % depuis le 19 mai, n'atteignait toujours pas les 122 $ de l'offre le 26 mai, évoluant aux alentours de 111 $. Et puis ne parlons pas du grand public. Ou juste un peu. Outre-Rhin, la population ne porte guère les OGM dans son coeur et Monsanto y trimballe une très mauvaise réputation. Comme dans une majorité de l'UE. Outre-Atlantique, on n'a pas les mêmes préoccupations. L'AFP rapporte que dans le journal Frankfurter Allgemeine Zeitung, le représentant des agriculteurs américains s'inquiétait des hausses des prix des semences et des phytosanitaires via la position dominante d'un Bayer-Monsanto. Malgré un point de vue très différent, l'enthousiasme n'est, là non plus, pas de rigueur.

 

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