Les hausses de prix inquiètent le secteur

Le 01 août 2017 par Par Gwénaëlle Deboutte
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Comme attendu, la fin 2016 et le début 2017 confirment un début de reprise sur le marché français des peintures et secteurs connexes. Mais l'embellie est ternie par les fortes hausses de prix des matières premières et les problèmes d'approvisionnement.

Après des années de grisaille, le marché français des peintures reprend lentement des couleurs. Comme les indicateurs économiques le laissaient présager l'année dernière, le deuxième semestre 2016 et le début 2017 ont montré des signes d'amélioration. Certes, on est encore loin d'une reprise franche et des chiffres antérieurs à la crise économique. Mais après une baisse ininterrompue depuis 2011, les chiffres repartent résolument à la hausse. En témoignent les mots prudents mais optimistes choisis par Xerfi dans son analyse sur le marché des peintures de janvier 2017. Le cabinet évoque ainsi des « perspectives d'activité positives » et « un environnement plutôt favorable » qui le laissent penser que « le chiffre d'affaires des fabricants de peintures et de vernis restera bien orienté en 2017, mais ralentira légèrement, pour se situer à +1 % ». Classiquement, ces chiffres sont surtout tirés vers le haut par le bâtiment, porté par les constructions neuves, en outre plus facilement quantifiables que les travaux d'entretien et les rénovations. L'année dernière, la nette augmentation du nombre de permis de construire avait fait espérer, du fait du décalage, une hausse des travaux de mise en peinture début 2017. Dans sa note de conjoncture, le syndicat des entreprises du bâtiment (Capeb) continue d'estimer que la reprise de l'activité se poursuit : « Le Capeb révèle les premières tendances de l'activité pour les entreprises artisanales du secteur et confirme la reprise de l'activité globale, initiée en 2016, au 1er trimestre 2017 avec +1,5 %. Le marché du neuf tire la croissance vers le haut (+2,5 %) devant l'entretien-rénovation (+1 %), porté principalement par les travaux d'amélioration énergétique (+ 2 %). Des chiffres positifs qui ne doivent pas faire oublier les années de crise (2012-2015) », explique Patrick Liébus, son président.

 

Une reprise pas assez énergique

 

Face à ces prévisions, les fabricants de peinture s'étaient pourtant attendus à mieux. « Finalement, nous sommes un peu déçus », estime Pascal Hoareau, p-dg de Onip et président du Sipev. Ce dernier, membre de la Fipec*, regroupe les fabricants français de produits de peinture, décoration, bâtiment, bois, automobile, industrie, emballage, anticorrosion et marine. « Ce n'est pas la reprise énergique que l'on attendait », ajoute le président.

En fonction des mois, la tendance se situe, toujours selon le p-dg, à plus ou moins 0. « Février a été un bon mois, ce qui n'est pas le cas de mars et nous attendons les derniers chiffres d'avril. Tout cela évolue très rapidement », explique Pascal Hoareau. En particulier dans la rénovation, secteur qui pèse plus lourd que le neuf, les tendances sont difficiles à suivre, tant elles sont devenues aléatoires. « Les commandes peuvent nous parvenir du jour au lendemain ou au contraire être reportées ou annulées à la dernière minute. Globalement, nos clients ne sont pas inquiets, mais il n'y a pas non plus de dynamique forte », poursuit-il. Une fluctuation que confirme Frédéric Olivier, directeur Business Unit Chimie chez Unipex. « De manière générale, nous connaissons la même problématique depuis quatre ans : les indicateurs sont souvent positifs sur les six premiers mois de l'année, puis repartent à la baisse sur les six derniers. Il devient donc difficile de faire des bilans prévisionnels sur l'année ». Il souligne cependant que « 2016 a été bien meilleure que 2015 et que l'activité peinture construction a connu un bon trimestre 2017 ». « Le secteur part de loin, mais effectivement, nous avons connu une belle progression en 2016 et nous sommes confiants pour 2017 », estime de son côté Claude Delabeye, manager Business Unit Coatings, Paints, Inks, Adhesives, Construction, Textile, Paper chez IMCD.

Dans l'industrie en revanche, le retour de l'activité est plus incertain. « L'industrie restera bien orientée, mais le ralentissement de la construction automobile et d'autres matériels transports freinera la production de peintures et de vernis », note Xerfi en janvier. Dans ce contexte, certains distributeurs parviennent à tirer leur épingle du jeu, en faisant entrer de nouveaux commettants. C'est le cas par exemple de IMCD. « Nous avons réalisé de bons résultats dans l'industrie générale grâce à l'entrée de nouveaux produits dans notre portefeuille, dont les isocyanates de Covestro, explique Claude Delabeye de IMCD, qui réalise 12 millions d'euros de chiffre d'affaires dans les peintures pour l'industrie, sur un chiffre d'affaires global de 40 millions d'euros. Mais en dehors de cela, la conjoncture est plutôt compliquée, certains de nos clients se portent bien, d'autres plus difficilement ».

Un facteur majeur vient en effet brider l'embellie dans le secteur : la poursuite de l'envolée des prix des matières premières et les problèmes d'approvisionnement. Déjà amorcée en 2015, la hausse des prix du dioxyde de titane, aujourd'hui autour de 4 euros le kg, a explosé en 2017, avec des hausses de 10 % d'un trimestre à l'autre. Et il n'est pas le seul concerné : produits chlorés, silices pyrogénées, solvants, charges... « Les résines base butadiène et acryliques ont subi 4 hausses au total de 5 à 15 % », souligne Frédéric Olivier, de Unipex. « Nous sommes dans un double effet, avec d'un côté la pression sur les prix des matières premières et de l'autre, un contingentement d'approvisionnement, car aujourd'hui, les fournisseurs de titane peinent à répondre à la demande », poursuit Pascal Hoareau. Un certain nombre d'entre eux a en effet disparu, ces derniers mois, en raison soit de fermetures de sites, soit de concentrations. Après avoir déjà reformulé leurs produits pour y intégrer moins de TiO2, les fabricants de peinture sont donc plus que jamais dans la recherche de matières premières alternatives, moins chères mais qui permettraient d'atteindre les niveaux de blancheur et d'opacité du dioxyde de titane.

 

Renforcement de la concurrence

 

À cela s'ajoutent « la concurrence de l'industrie allemande et celle des autres voisins européens (comme l'Italie) qui se renforcera à nouveau en 2017, note Xerfi. La profession doit enfin résister au développement de nouveaux produits de substitution. Le renforcement des normes réglementaires à l'encontre des substances nocives des peintures crée des opportunités pour des solutions alternatives. Dans l'industrie navale par exemple, des films adhésifs imprégnés de peinture silicone commencent à rentrer en compétition avec les « antifouling » (ou peinture antisalissure), qui présentent notamment l'avantage de ne pas se détériorer et de ne pas contenir de composants biocides. Le durcissement des conditions de marché provoquera ainsi une nouvelle érosion du tissu industriel français de la fabrication de peintures et de vernis. D'ailleurs, le taux de défaillance est reparti à la hausse, ces derniers mois (2,5 % sur les 11 premiers mois 2016 contre 1,4 % en 2015) ».

Un constat que font aussi les acteurs sur le terrain : « des sociétés risquent de disparaître, s'inquiète un des interlocuteurs. Nous avons déjà eu connaissance de trois dépôts de bilan depuis le début de l'année ».

Pour autant, il reste des raisons d'espérer. Xerfi indique également dans sa note de conjoncture les investissements réalisés en France, en particulier par des acteurs étrangers : « Encouragés par ces perspectives d'activité somme toute positives, plusieurs acteurs ont annoncé d'importants projets d'investissement ces derniers mois ». Il cite ainsi l'Américain Axalta, positionné sur le BTP, qui va investir 10,5 M€ dans son site de Montbrison (42) pour doubler ses capacités de production de peintures en poudre. Ou encore Nippon Paint qui a, quant à lui, pris la décision de construire une nouvelle usine à Plessis-Pâté (91) plutôt que de délocaliser en Europe centrale le site de Fleury-Mérogis (spécialisé dans la peinture automobile). Enfin, Mapaero prévoit d'investir 4 M€ pour augmenter de 30 % son volume de production d'ici 2019 afin de suivre la hausse des cadences d'Airbus.

* Fédération des Industries des peintures, encres, couleurs, colles et adhésifs et préservation du bois.

 

Le durcissement des conditions de marché provoquera une nouvelle érosion du tissu industriel français de la fabrication de peintures et de vernis.

 

POURSUITE DU DÉVELOPPEMENT DE PEINTURES INNOVANTES

Face au renforcement de la réglementation et des pressions concurrentielles, plusieurs fabricants investissent fortement dans l'innovation et le renouvellement de leur offre. Les peintures « vertes » constituent un axe fort de développement. La jeune pousse Algo Paint a levé 450 000 € pour promouvoir ses peintures décoratives à base d'algues bretonnes auprès du grand public, des peintres professionnels et des négociants de produits biologiques. Mais les grands acteurs du secteur ne sont pas en reste. L'Allemand Mäder a mis sur le marché une nouvelle gamme de peintures pour le BTP dont 98 % de la partie organique est d'origine biosourcée. De leur côté, SPPP et Mapaéro développent différentes méthodes de chromage qui respectent la réglementation Reach. La profession continue en parallèle d'investir fortement dans des produits répondant aux mieux aux contraintes de productivité et de coûts de leurs clients. PPG a, par exemple, lancé trois nouvelles solutions à destination des carrossiers mi-2016, tandis que Protec Industries produit une nouvelle peinture thermorégulante à destination du bâtiment, pour répondre aux impératifs de la transition énergétique. source Xerfi


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Article extrait d'Info Chimie Magazine

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