La France soutient le développement de ses plateformes

Le 01 juin 2015 par Sylvie Latieule

Des plateformes mieux structurées et mutualisées, c'est une des pistes suivies par l'industrie chimique en France pour améliorer la compétitivité de son outil industriel. L'idée est aussi d'attirer de nouveaux investissements émanant de grands acteurs ou de start-up qui souhaitent industrialiser leurs innovations.

Cela fait près d'un siècle et demi que l'industrie chimique se construit, se développe et se façonne en France au gré de la vie des sociétés qui la composent. Mais si les actifs peuvent passer de main en main, les sites industriels, très capitalistiques, restent pérennes. Ainsi la France dispose d'un outil industriel historiquement très morcelé. Certains sites, initialement détenus par un seul opérateur, sont même devenus au fil des années des sites multi-opérateurs que l'on dénomme aujourd'hui plateformes. Dans une circulaire datant de juin 2013, le ministère de l'Écologie en recense 17 sites sur le territoire français. Mais ce chiffre est amené à évoluer, en fonction des volontés d'ouverture de sites à de nouveaux investisseurs.

Pour l'heure, la plus importante plateforme chimique française se situe autour du port du Havre, employant un peu plus de 5 700 personnes. C'est beaucoup, mais c'est bien peu au regard des grandes plateformes européennes qui entourent la France ; celle de Leverkusen en Allemagne affiche quelques 30 000 salariés, Anvers en Belgique plus de 12 000. Par ailleurs, rares sont les plateformes françaises qui bénéficient d'une véritable structuration et d'une gouvernance mutualisée. C'est seulement le cas à Lacq-Mourenx (64) où la plateforme a été créée dans les années 60 pour valoriser le gaz et le soufre du gisement de Lacq. Elle est gérée par la Sobegi, filiale de Total et de Cofély. On peut également citer la plateforme de Roussillon-les Roches (38) pilotée par le GIE Osiris. La bioraffinerie de Bazancourt-Pomacle fait figure d'exception. Sans avoir de structure mutualisée, elle bénéficie d'une forte intégration industrielle, tout en bénéficiant d'un important pôle de recherche et de formation.

Quoi qu'il en soit, la structuration des plateformes chimiques est aujourd'hui reconnue comme l'une des pistes à suivre pour améliorer la compétitivité du secteur qui souffre de désavantages structurels importants. Pour appuyer cette stratégie, le Pipame (Pôle interministériel de prospective et d'anticipation des mutations économiques) et l'UIC (Union des industries chimiques) ont même commandé une étude sur le sujet au cabinet Advancy. Ce dernier a comparé 8 plateformes françaises à cinq européennes selon les critères suivants : gouvernance, intégration, coût des services et des utilités, logistique, réglementation, pérennité des installations, recherche et formation et attractivité du territoire. Le cabinet a conclu qu'il y avait de nombreuses améliorations à apporter sur différents sujets. Les plateformes doivent travailler sur leur gouvernance, leur promotion, la mise en place de services partagés, la compétitivité des utilités et de la logistique, la pérennisation de leur intégration amont/aval, notamment en préservant leur chimie de base... Tandis qu'en parallèle, les pouvoirs publics devront se préoccuper de la simplification réglementaire et de l'attractivité du territoire. Mais tout cela n'est que préconisations et l'UIC s'est maintenant emparée du sujet. « À la suite de cette étude, un groupe de travail plateformes a été créé au niveau de l'UIC. Il est né d'une volonté de notre organisation et de ses adhérents de mener une réflexion sur le sujet », explique Didier Le Vély, directeur du département Affaires économiques à l'UIC. « C'est un GT qui rencontre de plus en plus de succès ». Parmi les participants, on y retrouve des représentants d'une dizaine de plateformes françaises avec des plateformes bien établies comme Lacq et Roussillon et des plateformes en cours de structuration comme à Fos (Piicto), Chalampé, Carling ... Ce lieu d'échanges, où chacun fait part de son expérience, a permis à l'UIC d'élaborer un premier document d' « aide à la structuration de plateforme ».

 

Des étapes à franchir pour structurer une plateforme

 

Une sorte de check list recensant toutes les étapes à franchir pour structurer une plateforme et lui apporter une gouvernance, explique Didier Le Vély. Mais si la mise en place d'une gouvernance est souvent une condition nécessaire au bon fonctionnement d'une plateforme, ce n'est pas une condition suffisante. L'élaboration d'une feuille de route stratégique est tout aussi indispensable pour mettre en avant les points forts de chaque plateforme et ce qu'elle peuvent apporter dans tous les domaines (utilités, intégration amont/aval, sécurité, développement, promotion...). Car au delà d'une mutualisation de moyens entre des acteurs pour améliorer la compétitivité, l'objectif est aussi de rendre les plateformes plus séduisantes pour de nouveaux investisseurs. « Au regard de la réglementation, je pense qu'il serait aujourd'hui difficile d'obtenir un permis d'exploitation pour une unité grass-roots. En revanche, les plateformes sont des sites d'accueil assez naturels pour de nouvelles installations », ajoute Didier Le Vély. Pour rendre visible ces installations prêtes à l'accueil de nouveaux entrants, l'UIC prépare en collaboration avec Business France (fusion de l'AFII et d'UbiFrance) une brochure sur les plateformes françaises, à l'image de ce qui existe déjà en Allemagne. Projet qui reçoit également le soutien de la DGE (Direction générale des entreprises) qui a mis, depuis de nombreux mois, ce sujet plateforme au menu du comité stratégique de filière Chimie/Matériaux. À travers ce nouveau document, l'idée est de présenter l'offre France dans sa globalité en y ajoutant des fiches descriptives de chaque plateforme (localisation, superficie, utilités, matières premières, foncier disponible, capacité de stockage, moyens logistiques, contacts...). Ce document, qui devrait être disponible d'ici à la fin de l'année, servira de support pour les actions de promotion des services de l'État, des nombreuses agences régionales de développement, de l'UIC ou des entreprises elles-mêmes.

L'actualité de ces derniers mois a permis de démontrer que deux de nos plateformes chimiques ont réussi à capter des investissements de très grande envergure dans le domaine des fibres de carbone. Lacq a accueilli Toray, et Roussillon, son concurrent Hexcel. Didier le Vély ajoute que grâce à cette stratégie de plateforme, l'industrie chimique en France aspire aussi à industrialiser l'innovation sur notre territoire. « La France mène une politique forte et reconnue en matière d'innovation. Il faudrait transformer l'essai avec l'industrialisation de procédés innovants pour créer des emplois industriels sur notre territoire. Les plateformes chimiques sont des candidates idéales pour l'accueil de nouvelles start-up », conclut Didier le Vély. « Cela va prendre du temps, mais c'est un outil important pour renforcer la compétitivité de la chimie en France ».


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Article extrait d'Info Chimie Magazine

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