La chimie doit conserver son avance

Le 01 novembre 2016 par Par Sylvie Latieule
* Mots clés :  ,

La célébration du centenaire de l'entrée de la première femme à l'école Chimie ParisTech a été l'occasion de proposer une grande manifestation sur le thème de la mixité et de la diversité dans l'enseignement supérieur, le milieu académique et l'industrie chimique. Même s'il reste du chemin à parcourir, le secteur de la chimie peut déjà faire état de ses avancées.

Alors que l'industrie dans son ensemble souffre d'un déficit de femmes dans ses rangs, l'industrie chimique en France fait plutôt figure de bonne élève. Avec un taux de féminisation de 38 %, « c'est le deuxième secteur industriel le plus féminisé après la pharmacie », expliquait Jean Pelin, directeur général de l'Union des industries chimiques, à l'occasion de la manifestation « Les voies de la diversité », qui s'est tenue du 13 au 15 octobre dernier dans les locaux de Chimie ParisTech et a réuni près de 250 personnes. Avec ce pourcentage, l'industrie fait mieux que le milieu académique. Du moins que le CNRS qui emploie 33 % de femmes dans le secteur de la chimie. Il faut dire que l'industrie chimique bénéficie d'un vivier important d'étudiantes, en particulier au sein de ses écoles d'ingénieurs. Chimie ParisTech est aujourd'hui à parité dans ses promotions. « La proportion de femmes est bien stabilisée avec une mixité totale dans les différentes options », confiait Christian Lerminiaux, le directeur. Et dans ce domaine, l'école est sans doute une pionnière pour avoir recruté, dès 1916, des femmes parmi ses élèves ingénieurs, soit seulement 20 ans après sa création. Parmi les cinq derniers directeurs, deux étaient des femmes, Danièle Olivier et Valérie Cabuil, qui ont dirigé cette école pendant 13 ans. Parmi les enseignants, 40 % sont des femmes et on peut noter la parité exacte pour les maîtres de conférence (16 sur 32).

 

Le secteur cosmétique ultra féminisé

 

Pour autant, il reste du chemin à parcourir. D'une part parce que l'on a tendance à observer une sexuation de certains secteurs ou métiers. Invitée à donner le coup d'envoi de la manifestation, Barbara Lavernos, directrice générale des opérations et membre du comité exécutif de L'Oréal, a expliqué que son groupe de cosmétiques employait 69 % de femmes sur un total de 82 900 personnes, dont 48 % dans les comités de direction et 33 % au niveau du Comex. À titre de comparaison, un groupe comme Renault n'emploie que 20 % de femmes, ce qui équivaut aux performances de la pétrochimie. Et compte tenu de l'érosion qui s'opère en gravissant les échelons hiérarchiques - le fameux « plafond de verre » -, les femmes n'occupent qu'une place très mineure aux commandes de ces industries. Une problématique à laquelle David Simonnet, président fondateur d'Axyntis, une ETI spécialisée dans la chimie fine, a choisi de s'attaquer avec fermeté. Depuis 2010, chaque année, ce quadra lance un appel à candidatures en interne qui s'adresse exclusivement à des femmes cadres pour leur permettre de faire une formation complémentaire de type MBA et d'accéder à des fonctions de direction. « D'ici à 2020, nous avons l'ambition de doubler de taille et d'être quasiment à parité dans les équipes de direction », a-t-il déclaré, estimant que les grands groupes se montrent parfois un peu rétrogrades. « C'est un problème générationnel ! », a-t-il ajouté. Claudine Hermann, physicienne, professeur émérite à l'École Polytechnique et co-fondatrice de l'association Femmes et Sciences, qui n'est pourtant pas de sa génération, n'a pas hésité à parler d'un besoin de « catalyseur » pour favoriser cette ascension des femmes qui n'a rien de naturel dans notre société.

Au fait de ces écueils, des grands industriels de la chimie sont venus témoigner en force à Chimie ParisTech que la question de la place des femmes était bien prise en compte dans leurs organisations. Cependant, ils l'intègrent dans une problématique plus globale : celle de la diversité. Car dans l'entreprise, il s'agit de lutter contre toutes les formes d'inégalités liées au genre, mais aussi à l'âge, aux origines sociales, culturelles, au handicap... « Arkema attache une grande importance au respect de la diversité au sein de ses équipes », a expliqué Dominique Massoni, directrice du développement des ressources humaines. Pour cela, sa société s'engage à développer la mixité professionnelle à tous les niveaux de l'entreprise, à faciliter les échanges entre les pays et la mixité culturelle des équipes, à recruter et intégrer des personnes en situation de handicap, notamment en France. Chez BASF, Alexandrine Guillez a expliqué que l'on était en train de casser les stéréotypes : « On cherche de la diversité dans les recrutements avec profils plus variés et des scientifiques physiciens et biologistes. On cherche à s'éloigner du profil type : homme allemand PhD ».

 

La diversité pour innover

 

Outre cette promesse d'apporter un reflet de la société, la diversité peut avoir des vertus, même si la sociologue Milena Doytcheva de l'université de Lille a mis en garde les industriels contre la tentation d'un affichage marketing. Ainsi, une table ronde a été consacrée à l'apport de la diversité dans l'innovation. Juan Wu, market development manager chez Solvay, est venue témoigner que la diversité pouvait même amener un avantage concurrentiel à l'entreprise. Spécialisée dans le marketing de l'innovation, cette jeune femme d'origine chinoise travaille dans une équipe multiculturelle : « Avec des équipes plus diverses, on prend de meilleures décisions, on développe des produits mieux adaptés pour le marché et on est plus innovants ». Sophier Huguier, responsable développement durable et RSE chez Arkema, a ajouté que l'on pouvait irriguer l'innovation par le biais de partenariats plus divers avec des PME, des start-up ou des laboratoires universitaires. Chez PCAS, société de chimie fine pharmaceutique, Vincent Touraille, son directeur général, a expliqué son choix d'intégrer des collaborateurs de l'automobile pour tirer avantage du choc culturel entre ces deux grands secteurs industriels : la pharmacie et l'automobile.

La question du handicap a été traitée à part par un groupe d'élèves ingénieurs de 2e année de Chimie ParisTech, challengés par la société Chimex, filiale chimie de L'Oréal, pour réfléchir sur le sujet de l'intégration de personnes en situation de handicap dans l'industrie chimique. La loi a placé le curseur à 6 %, mais le manque de vivier d'élèves, au niveau des écoles et des universités, ne facilite pas la tâche des entreprises. Cependant, Arthur Crozier, responsable communication et innovation sociétale chez Chimex, a expliqué que « c'est la diversité des profils qui fait grandir un groupe ».

 

Un facteur d'attractivité

 

Pour clôturer les débats, trois anciens élèves de Chimie ParisTech, aux parcours particulièrement prestigieux, sont venus parler de l'importance de la diversité comme outil de management et de performance.

Agnès Lemarchand, ex-pdg de Lafarge Chaux, a expliqué comment elle a su créer au cours de sa carrière une équipe de direction diversifiée, adaptée à la stratégie de son entreprise qui visait alors une ouverture à l'international et sur les marchés de l'environnement.

Didier Baudrand, ex-dirigeant chez BP et président de l'association des Alumni, a insisté sur l'avance des sociétés anglosaxonnes sur les sujets de la diversité et de l'inclusion, invitant les industriels français à rattraper leur retard.

Enfin, Jean-Philippe Puig, directeur général du groupe Avril, a insisté sur l'importance de travailler sur les sujets de diversité sous différents angles : le genre, mais aussi l'intégration des jeunes, les parcours différenciés, le travail sur le handicap. Il a expliqué que pour attirer des talents, l'entreprise devait afficher des valeurs : « C'est une demande forte des jeunes à l'embauche. Or si l'entreprise attire les meilleurs, elle aura aussi de meilleurs résultats ».

3 QUESTIONS ÀChristian Lerminiaux, directeur de Chimie ParisTech

Infochimie magazine : Pourquoi est-ce important de parler de diversité pour vous ? Christian Lerminiaux : Les pouvoirs publics ont compris le bénéfice de promouvoir la notion de diversité pour favoriser le « vivre ensemble ». L'école, l'université, les grandes écoles sont des lieux privilégiés où les jeunes générations apprennent non seulement à accepter mais aussi à construire sur cette différence. Nombreux sont les jeunes qui, malgré un potentiel avéré, limitent leur ambition, interrompent leur scolarité ou s'orientent vers des études qui ne reflètent pas leurs réelles capacités. Avancer vers une société plus inclusive est pour l'école et les industriels un enjeu majeur, nous devons aider à répondre aux attentes de la population dans toute sa diversité. Qu'avez-vous mis en oeuvre ? C.L. : 60 % de nos élèves sont issus de classes préparatoires et souvent de milieux privilégiés. Mais nous nous ouvrons à d'autres milieux en recrutant dans les classes préparatoires intégrées ou parmi les IUT et BTS. Nous accueillons 20 % d'étudiants étrangers. D'autre part, Chimie ParisTech a été l'un des établissements fondateurs de la COMUE « PSL, Paris Sciences et Lettres » qui réunit des établissements prestigieux couvrant les domaines scientifiques, économiques et de lettres et d'arts. Cette appartenance à PSL offre l'opportunité à nos étudiants de s'enrichir personnellement non seulement en leur ouvrant la porte à des formations complémentaires mais aussi en leur faisant côtoyer, lors d'activités extrascolaires, des étudiants dont le prisme de perception du monde est totalement différent. Quelles initiatives pour les élèves défavorisés ? C.L. : Nous sommes fortement impliqués aux côtés de l'institut Villebon - Georges Charpak, qui ouvre à une licence généraliste, et l'association Les Cordées de la réussite. À ce titre, nous nous engageons pour apporter des clefs d'accès à l'enseignement supérieur au plus grand nombre. Pour exemple, l'Institut Villebon - Georges Charpak s'adresse à des filles ou des garçons venus de toute la France, titulaires d'un baccalauréat scientifique (S) ou technologique (STI2D, STL, STAV). Les promotions comprennent au moins 70 % de boursiers. Cette année, 87 % des étudiants de première promotion ont pris le chemin d'un master ou d'une école d'ingénieur à la rentrée 2016.


Réagir à cet article
imprimer Ajouter à vos favoris envoyer à un ami Ajouter à mes favoris Delicious Partager cet article avec mon réseau profesionnel sur Viadeo linkedin Partager cette page sous Twitter S'abonner au flux RSS de France Chimie

Effectuer une recherche

Article extrait d'Info Chimie Magazine

La seule publication professionnelle exclusivement consacrée à l'industrie chimique et à ses fournisseurs

 Contactez la rédaction
 Abonnez-vous


A suivre dans l'actualité

Stratégie
Social
Pétrochimie
Gaz industriels

Sites du groupe

Usine Nouvelle Portail de l'industrie L'Echo Touristique Argus de l'Assurance

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus
 Publicité  Pour nous contacter  Mentions légales  RSS