L'innovation chez BASF passera par le digital

Le 01 août 2017 par À Ludwigshafen (Allemagne), Dinhill On
* Mots clés :  ,

Le géant allemand de la chimie a tenu sa conférence annuelle dédiée à la R&D. Pour le groupe, les outils numériques aideront les chercheurs à élaborer les innovations de demain en chimie.

« Un produit chimique n'est pas digital, mais les technologies digitales peuvent être utilisées pour mettre en place des « business models » se basant sur une production, une innovation, ou une chaîne logistique intelligentes ». Voici comment Martin Brudermüller, directeur de la technologie chez BASF entrevoit l'apport des outils numériques pour son activité dans les années à venir. Le 29 juin, BASF a tenu sa conférence annuelle dédiée à la R&D à Ludwigshafen (Allemagne). L'occasion de détailler comment sa R&D est en train de se digitaliser et comment cela peut devenir un avantage concurrentiel.

La stratégie de croissance du chimiste allemand de Ludwigshafen se base notamment sur son fort potentiel d'innovation. En 2016, BASF a ainsi dépensé 1,86 milliard d'euros pour sa R&D. Il revendique chaque année le lancement de plus de 300 nouveaux produits et totalise 10 milliards d'euros de ventes avec des innovations. Cependant, l'environnement de la recherche devient de plus en plus complexe et dynamique, obligeant les industriels à s'adapter constamment et rapidement.

 

BASF s'est doté d'un superordinateur, Quriosity

 

Pour BASF, c'est à ce stade que les technologies numériques peuvent aider, en particulier au niveau de l'approche de R&D. « Les données et le savoir sont essentiels pour la croissance de l'activité. La digitalisation en R&D ouvre des opportunités uniques », insiste Horst Weiss, directeur de la digitalisation pour les activités Matériaux avancés et sciences des données. Fort de cette conviction, BASF s'est doté d'un superordinateur dénommé Quriosity pour booster ses capacités de modélisation/simulation et lui permettre d'optimiser ses coûts liés à la R&D et de réduire le temps de mise sur le marché d'innovations produits. Dans le détail, il va aider à élaborer des modèles améliorés multi-échelles (quantique, moléculaire, macroscopique), permettant à la fois de comprendre les interactions et de prédire des propriétés d'un produit chimique, d'un matériau ou de formulations. En outre, Quriosity offre la possibilité d'obtenir des modèles améliorés pour visualiser les procédés ainsi que d'effectuer de l'analyse exhaustive de données.

L'emploi des outils digitaux va donc contribuer à favoriser l'innovation, en simplifiant notamment le travail de recherche. « La digitalisation de la R&D va offrir de nouvelles possibilités au niveau de la gestion et l'accès à des données intégrées et fiables, dans la diffusion du savoir-faire et ainsi que dans l'usage de la modélisation et de simulation numérique », explique Martin Brudermüller. Ces outils vont donc permettre de mieux visualiser les données intégrées pertinentes en les présentant sous la forme de graphiques ou d'interfaces interactives. « Par exemple, nous sommes parvenus à diviser par trois le temps nécessaire des essais pour sélectionner des catalyseurs d'intérêt », explique Richard Trethewey, directeur de la digitalisation pour les biosciences et du savoir chez BASF. Autre exemple : dans l'identification de molécules candidates pour la protection des cultures. Le digital offre la possibilité d'explorer les données (data mining) et de modéliser des composés, afin d'optimiser l'équilibre entre les effets bénéfiques et indésirables. « La modélisation par ordinateur couplée à des méthodes statistiques a permis de prioriser les composés candidats, et ainsi de réduire le temps de mise sur le marché », indique Richard Trethewey.

 

Développer ses propres applications pour la R&D

 

Mais le chimiste va encore plus loin en développant ses propres applications pour ses chercheurs. « L'idée est de regrouper toutes les compétences de R&D et de les rendre accessibles pour l'ensemble des collaborateurs de R&D », explique Richard Trethewey. Parmi les applications développées, il y a un outil d'apprentissage automatique (« machine learning ») pour accélérer l'ingénierie d'enzymes d'intérêt. Le groupe chimique a également mis au point un outil d'apprentissage profond (« deep learning ») pour l'agriculture. « Avec cette application, les utilisateurs pourront, par exemple, apprendre à détecter une maladie de blé à partir d'une simple photo pour fournir des recommandations de fongicides », explique Richard Trethewey. Avant d'ajouter : « Il s'agit d'une application inspirée de ce qui se fait déjà dans le domaine médical ». Toutes ces applications doivent bien évidemment être conçues en relation avec les utilisateurs finaux, et nécessitent une équipe dédiée au développement du logiciel.

Devant un contexte d'adaptation constante aux besoins du marché, la digitalisation va nécessairement impacter les processus d'innovation, et permettre une R&D plus ciblée et performante. La puissance des outils numériques va aider les chercheurs à réaliser des calculs et expérimentations toujours plus complexes, et ce, en de moins en moins de temps. Cependant, la numérisation des expériences en R&D ne remplacera jamais totalement l'expérimentation physique, ces deux aspects étant complémentaires : les simulations aident à concevoir les expérimentations et facilitent la prévision, tandis que les expérimentations apportent des résultats mesurables et permettent d'élaborer de nouveaux modèles informatiques. « Il s'agit d'un changement de paradigme à avoir, et qui nécessite d'avoir une approche globale pour mener un projet de R&D », conclut Martin Brudermüller.

DES SOLUTIONS POUR DIGITALISER L'AGRICULTURE

Et si les outils constituaient la nouvelle révolution de la production agricole, au même titre que la mécanisation, la protection des cultures ou encore l'ingénierie génétique ? C'est en tout cas le point de vue qu'a partagé BASF lors de sa conférence sur la R&D. « La digitalisation peut servir d'aide à la décision, via du conseil pour les agriculteurs », indique Rainer Preuss, directeur de la stratégie et de la gestion de portefeuille de produits au sein de BASF Crop Protection. Le groupe allemand est en train d'enrichir son offre de produits avec des solutions digitales à destination des agriculteurs : Maglis. « Nous travaillons à élaborer des solutions sophistiquées combinant des modèles basés sur l'Internet des objets et notre expertise en protection des cultures », explique Rainer Preuss. L'application Maglis comprend actuellement 5 modules : Customer Navigator (outil d'analyse et de gestion des interventions de protection de parcelles), Crop Plan (planification des cultures en fonction des paramètres météo, d'état du sol, des ravageurs, etc.), Sustainability Asssessment (évaluation environnementale des pratiques agricoles), Agronomic Advice (conseil agronomique personnalisé), et Leaf-Analysis App (identification de maladies à partir de photos des plantes). Et BASF devrait encore développer d'autres outils pour la gestion des cultures : le chimiste s'est emparé de la société ZedX, expert dans les modèles agronomiques digitaux en mai 2017.


Réagir à cet article
imprimer Ajouter à vos favoris envoyer à un ami Ajouter à mes favoris Delicious Partager cet article avec mon réseau profesionnel sur Viadeo linkedin Partager cette page sous Twitter S'abonner au flux RSS de France Chimie

Effectuer une recherche

Article extrait d'Info Chimie Magazine

La seule publication professionnelle exclusivement consacrée à l'industrie chimique et à ses fournisseurs

 Contactez la rédaction
 Abonnez-vous


A suivre dans l'actualité

Stratégie
Social
Pétrochimie
Gaz industriels

Sites du groupe

Usine Nouvelle Portail de l'industrie L'Echo Touristique Argus de l'Assurance

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus
 Publicité  Pour nous contacter  Mentions légales  RSS